Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, s’en est pris hier au président américain, Barack Obama, l’accusant de diriger « la plus violente des dictatures ». Photo AFP
Le lancement par Téhéran en février de la production d'uranium enrichi à 20 %, officiellement destiné à la fabrication de ce combustible, a déclenché une nouvelle crise avec la communauté internationale qui soupçonne l'Iran, malgré ses démentis répétés, de chercher à se doter de l'arme nucléaire. Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté, le 9 juin, une nouvelle résolution assortie de sanctions demandant notamment à l'Iran de suspendre l'enrichissement d'uranium. Téhéran a rejeté cette résolution, comme les précédentes, et a exclu d'arrêter la production d'uranium enrichi à 20 %, en dépit de son offre d'échange de combustible lancée en mai aux grandes puissances avec la caution du Brésil et de la Turquie. Cette offre, prévoyant la livraison à l'Iran de combustible pour le réacteur de Téhéran en échange de son uranium faiblement enrichi (3,5 %), est proche de celle faite en septembre par le groupe de Vienne (États-Unis, Russie et France) pour créer un « climat de confiance » autour du programme nucléaire iranien. L'offre du groupe de Vienne avait été rejetée par Téhéran, et les grandes puissances ont accueilli froidement la proposition irano-turco-brésilienne, jugeant qu'elle venait trop tard et que l'Iran cherchait surtout à gagner du temps.
Pour sa part, le gouvernement américain a annoncé hier qu'il mettait en œuvre les nouvelles sanctions décidées par l'ONU en allongeant sa « liste noire » des personnes physiques ou morales iraniennes dont les avoirs éventuels aux États-Unis sont gelés. La longue liste des personnes visées par Washington se voit enrichie notamment de la Post Bank of Iran (Banque postale d'Iran), de cinq « sociétés écrans » pour la compagnie maritime nationale Islamic Republic of Iran Shipping Lines (déjà touchée par les sanctions), et de plusieurs individus ou entreprises dépendant des gardiens de la révolution (eux aussi déjà visés), indique un communiqué du département du Trésor. La loi américaine impose le gel des actifs que détiendraient ces personnes sur le sol américain et interdit à tout ressortissant américain de réaliser la moindre transaction avec elles.
Mardi, les États-Unis avaient rappelé que « la voie diplomatique restait possible » parallèlement aux sanctions, si l'Iran prenait « des mesures concrètes pour répondre à ses obligations internationales ». M. Salehi a répliqué hier que l'Iran avait lui aussi élaboré une « double stratégie » pour répondre à celle des grandes puissances. « Cette double stratégie est basée, d'une part, sur la poursuite d'un dialogue honnête » avec la communauté internationale et ,« d'autre part, la poursuite de notre développement nucléaire, qui est un moyen de résister aux pressions de nos ennemis », a-t-il expliqué.
En outre, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a dénoncé hier « l'ingérence » de son homologue américain Barack Obama dans les affaires iraniennes. M. Ahmadinejad réagissait à un message de M. Obama dans lequel il exhortait, le 10 juin, la communauté internationale à soutenir les Iraniens qui se battent pour la « liberté ». Ce message du président américain est intervenu à la veille du 1er anniversaire de la réélection contestée de M. Ahmadinejad. Dans un discours télévisé, M. Ahmadinejad a lancé à l'adresse des États-Unis : « Cette nation (l'Iran) ne vous reconnaît pas du tout et vous hait. » « Aujourd'hui, la plus violente des dictatures est infligée au peuple américain », a encore accusé le président iranien.

