Le patriarche Sfeir en compagnie du député Nadim Gemayel et du chef des FL Samir Geagea, hier à Paris au cours de la réception offerte en l’honneur du patriarche par l’ambassadeur Assaker. Photo Aldo Ayoub
Le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, a entamé hier la deuxième journée de sa visite officielle en France par une rencontre avec l'archevêque de Paris, le cardinal André Vingt-Trois ; un entretien qui a porté sur la situation de la communauté maronite en France et sur celle des chrétiens d'Orient, un des thèmes principaux des rencontres entre le chef de l'Église maronite et les dirigeants français.
Le patriarche s'est rendu ensuite au Palais du Luxembourg où il a été accueilli par le président du Sénat Gérard Larcher qui, lors de sa récente visite au Liban, lui avait transmis l'invitation de Nicolas Sarkozy pour son présent séjour officiel en France.
Mais le temps fort de cette journée a été la quadruple réunion du patriarche avec les sections françaises des partis politiques ou organismes libanais en France (Forces libanaises, RPL-CPL, UCLM et Kataëb).
Les responsables des FL ont fait part au patriarche de leurs activités en France dans les domaines de l'aide aux jeunes Libanais, notamment la formation de cadres qu'ils encouragent, ont-ils affirmé, à rentrer au Liban. Ils ont ajouté qu'un colloque groupant des chefs d'entreprise libanais proches des FL s'est tenu à cet effet récemment à Paris. Sur le plan politique, les FL ont dénoncé une tentative du CPL (sans le nommer et dont deux membres siégeant place de l'Étoile viennent d'effectuer une visite en France) de demander à des responsables français le soutien de la France à l'alliance entre le parti aouniste et le Hezbollah pour faire face au leadership de la communauté sunnite libanaise. Le patriarche a relevé à cet égard que les Libanais installés en France portent avec eux leurs divergences ; il les a d'ailleurs invités à s'unir au service de leur pays. « Le Liban appartient à tous les Libanais et il faut que ses fils se mettent au service du Liban », a-t-il notamment dit. Il a également écouté les responsables FL se plaindre de l'impossibilité dans laquelle se trouvent certains de leurs partisans de retourner au pays à cause de dossiers judiciaires « réglés, mais qui seraient rouverts d'une manière arbitraire et sélective ». Ils ont demandé l'intervention de Mgr Sfeir pour qu'une amnistie soit accordée à ces personnes.
Les délégués de l'Union culturelle libanaise mondiale ont exposé la situation de l'UCLM dans le monde, se prononçant pour sa réunification selon le vœu du président Michel Sleiman, mais signalant que des mesures anormales sont actuellement adoptées par un haut responsable du palais Bustros, qui veut soumettre la formation de nouvelles sections de l'Union à l'étranger à une autorisation préalable de la direction des émigrés du ministère des AE. Le patriarche a souhaité que l'on procède à l'unification des diverses sections de l'UCLM ainsi que de toutes les organisations libanaises dans le monde, conformément au récent appel du pape à partir de Chypre.
Pour sa part, la délégation du CPL (comme celle des Kataëb un peu plus tard) a évoqué avec Mgr Sfeir les activités du RPL (section française du Courant aouniste en France) notamment dans le domaine de la formation et de l'aide aux jeunes, soulignant notamment le fait que les tarifs aériens prohibitifs vers le Liban constituent un obstacle majeur aux familles désireuses de s'y rendre durant les vacances scolaires et/ou en été. Le patriarche a affirmé que les Libanais partis depuis la guerre civile et se trouvant dans des pays proches du Liban devraient rentrer et que le mouvement d'exode des chrétiens libanais devrait cesser. « La nature abhorre le vide », a-t-il dit, laissant entendre que si les chrétiens restaient au pays ou y revenaient, l'implantation des Palestiniens serait plus difficile.
Interrogé par L'Orient-Le Jour à l'issue de tous ces entretiens, Mgr Sfeir a de nouveau martelé l'urgence du retour des Libanais au pays, affirmant que ceux-ci « continuent à aimer le Liban mais qu'ils attendent une amélioration de la situation pour rentrer et y trouver des opportunités de travail », réaffirmant que la nature a horreur du vide, insinuant ainsi que si les Libanais partent d'autres viendront vivre dans leur pays.
La deuxième journée de la visite du patriarche Sfeir en France s'est clôturée par une grande réception organisée en son honneur au Pavillon Dauphine par l'ambassadeur Boutros Assaker à laquelle ont assisté des centaines de Libanais et de Français amis du Liban. On a noté l'arrivée inopinée du leader des FL, Samir Geagea, en visite officielle lui aussi à Paris, et qui a été fortement applaudi.
Le programme du prélat maronite pour aujourd'hui est éminemment politique, entre son entretien avec Nicolas Sarkozy, une réunion avec les députés membres de la commission des Affaires étrangères à l'Assemblée nationale et un dîner de travail au Quai d'Orsay avec le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner.

