À Londonderry, la foule exulte en écoutant le discours de David Cameron. AFP / Peter Muhly
Les soldats britanniques « ont perdu le contrôle d'eux-mêmes ». « Ce qui s'est passé le jour du Dimanche sanglant était non justifié et non justifiable. C'était mal », a martelé M. Cameron devant les députés. « Au nom du pays, je suis profondément, profondément désolé », a-t-il ajouté. Les conclusions du rapport Saville, du nom du président de la commission, Mark Saville, sont « absolument claires. Il n'y a aucun doute, aucune équivoque, aucune ambiguité », a-t-il asséné.
Ces conclusions établissent que les 13 catholiques tués alors qu'ils participaient à une marche pacifiste, et un 14e mort plusieurs mois après, « n'étaient pas armés », contrairement aux conclusions d'une première enquête officielle, bâclée en 1972. Cette première enquête exonérait les soldats pour mieux accabler les manifestants qui auraient été infiltrés par des paramilitaires de l'Armée républicaine irlandaise (IRA). « Il y a eu des coups de feu (...) mais aucun d'entre eux ne justifiait d'abattre des civils », a commenté M. Cameron. Le Bloody Sunday « a renforcé l'IRA provisoire, accru le ressentiment nationaliste et l'hostilité envers l'armée et exacerbé le conflit violent les années qui ont suivi », jusqu'à l'accord de paix du vendredi saint, qui a mis fin en 1998 à 30 ans de troubles intercommunautaires responsables de plus de 3 500 morts dans la province britannique, a relevé le rapport.
Pareil aveu a suscité une immense joie à Londonderry, deuxième ville d'Ulster, désignée sous le nom de Derry par les catholiques. Les États-Unis ont aussitôt salué la publication du rapport. « Nous espérons (...) qu'il contribuera à la transformation en cours en Irlande du Nord d'un passé turbulent vers un futur paisible », a déclaré le porte-parole du département d'État américain, en écho au souhait de David Cameron « que soit refermé le chapitre douloureux du passé troublé de l'Irlande du Nord ». « On peut dorénavant proclamer au monde que les morts et les blessés de Bloody Sunday (...) étaient innocents (et ont été) abattus par balles par des soldats qui ont fait croire qu'ils pouvaient tuer impunément », a lancé à Derry sous les vivats Tony Doherty, dont le père figure au nombre des tués.
John Kelly a demandé que soit jugé le « soldat F. », « tueur en série » qui a affirmé avoir mortellement blessé plusieurs manifestants, dont Michael le frère de John Kelly, parce qu'ils étaient « armés ». Cette question est cependant restée ouverte hier. Lord Saville s'est gardé de recommander des poursuites judiciaires. M. Cameron a estimé que la qualification de meurtre ou d'homicide ne relevait pas de la commission. Et le parquet de Belfast s'est contenté d'assurer qu'il allait étudier « aussi vite que possible les conclusions ». La perspective d'un procès contre des soldats ayant obéi aux ordres, au moment où l'armée britannique combat en Afghanistan, est rejetée par les protestants unionistes d'Ulster qui font valoir qu'une centaine de paramilitaires ont bénéficié d'une amnistie dans le cadre du processus de paix.
L'enquête sera un test de la stabilité du gouvernement biconfessionnel d'Irlande du Nord, où Martin McGuinness, ancien responsable de l'IRA, est aujourd'hui vice-Premier ministre aux côtés du protestant Peter Robinson.

