Des colonnes de fumée sont visibles au-dessus du quartier résidentiel d’Osh, suite aux violences interethniques qui ont fait au moins 102 morts et des dizaines de milliers de réfugiés. Alexei Osokin/Reuters
Conséquence de ces affrontements, 32 000 réfugiés adultes ont été enregistrés en Ouzbékistan, le pays voisin, mais la plupart sont accompagnés d'enfants que les autorités ouzbèkes n'ont pas pu comptabiliser, a déclaré à l'AFP un responsable du ministère ouzbek des Situations d'urgence, Abror Kossimov. L'agence RIA Novosti, citant une source au sein de ce ministère, fait donc état de 75 000 personnes ayant fui les violences entre Kirghiz et la minorité ouzbèke dans le sud du Kirghizstan.
À Bichkek, capitale kirghize, le ministère de la Défense a annoncé la mobilisation des réservistes de l'armée âgés de 18 à 50 ans, et le début de « l'organisation de la mobilisation partielle de la population civile ». Désormais, les policiers doivent « recourir aux armes de service et faire feu à volonté », a renchéri le ministre de l'Intérieur par intérim, Bolot Cher. Les forces de l'ordre ont été autorisées à tirer sans sommation dès samedi soir pour tenter de rétablir l'ordre après l'escalade des tensions dans cette ancienne république soviétique au bord de la guerre civile.
Signe que la situation se détériorait, un couvre-feu de 24 heures sur 24 a été décrété à Och, deuxième ville du pays, et dans deux districts avoisinants. Cette mesure était auparavant en vigueur seulement la nuit.
L'état d'urgence a aussi été étendu à l'ensemble de la région voisine de Djalal-Abad, bastion du président Kourmanbek Bakiev renversé en avril, où les violences se sont propagées samedi depuis Och.
Les affrontements ethniques entre Ouzbeks et Kirghiz y ont gagné en intensité, alors que le bilan provisoire a été porté à au moins 102 morts et plus de 1 200 blessés. Au regard de témoignages recueillis par l'AFP et de nombreux médias russes et kirghiz, le nombre de victimes pourrait être beaucoup plus important.
« Ils nous tuent tous, nous les Ouzbeks les uns après les autres ! J'ai fui, je ne sais pas ce qui est arrivé à mes enfants et mes petits-enfants », raconte Rani, 52 ans, qui a fui Och pour l'Ouzbékistan.
Dans la ville de Djalal-Abad et sa région, des fusillades nourries et des incendies ont éclaté hier, selon des témoins et des médias locaux, mais la situation s'est stabilisée dans la soirée, a indiqué le gouverneur de la région, Bektour Assanov.
L'ex-président Bakiev, réfugié à l'étranger, a assuré n'avoir aucun lien avec ces nouvelles violences, alors que la communauté internationale et les ONG ont multiplié les appels au calme.
De son côté, l'ambassade des États-Unis au Kirghizstan a de nouveau fait part de « sa vive inquiétude » et appelé les parties « à renoncer à la violence ». La stabilité du Kirghizstan est primordiale pour Washington qui dispose près de Bichkek d'une base importante pour ses troupes en Afghanistan. La Russie, qui dispose également d'une base à Kant, dans le nord, y a dépêché un bataillon de parachutistes arrivé hier à bord de trois avions, afin de renforcer la protection des installations et du personnel militaires russes, selon une source russe citée par l'agence Interfax.
Des affrontements avaient déjà ensanglanté en mai la région de Djalal-Abad. Historiquement, les relations entre la minorité ouzbèke (15 à 20 % de la population du Kirghizstan) et les Kirghiz sont tendues, notamment en raison de disparités économiques au détriment des Ouzbeks.
Mais ces affrontements sont les pires violences depuis la révolte d'avril (87 morts) qui a chassé Bakiev et porté au pouvoir l'actuel gouvernement provisoire. Ils interviennent à deux semaines d'un référendum sur la nouvelle Constitution prévu le 27 mai.

