Le « I Love Beirut » de Tom Young. (DR)
Au premier abord, les toiles géantes de Tom Young apparaissent comme des «cityscapes» ou des paysages citadins esthétisants. Mais attention. Car chez cet artiste figuratif, il faut chercher le symbole, la clé du message, le petit «plus» qui le classe définitivement hors concours des artistes néo-orientalistes de studio. Young pratiquerait plutôt le réalisme proche du polaroid, auquel il ajoute ses petites touches fantasques (il transforme par exemple un panneau de signalisation de sens interdit en drapeau libanais).
C'est suite à une commande que Young s'est retrouvé pour la première fois à Beyrouth. Premier coup de cœur. À peine retourné à Londres qu'éclate la guerre de juillet 2006. Bouleversé par les événements, il revient après la tempête. Et s'implique dans un atelier de travail avec les enfants traumatisés de la banlieue-sud. L'attachement de Young à Beyrouth grandit. Il est épaté par la gentillesse et l'hospitalité des gens qui l'abordent dans la rue lui posant des questions sur ses dessins et son art. Il aime également l'humour libanais, auquel il trouve des similarités avec le légendaire «british humor». «Je ressens l'énergie vibrante et chaotique de la ville», dit le jeune homme blond aux faux airs du Prince de Saint Exupéry. «Dessine-moi une ville», pourrait donc être le slogan de Young qui s'est immergé dans les sons et images de Beyrouth, transformant ses croquis sur le vif en larges toiles de peinture à l'huile. «J'aime exprimer la chaleur et l'optimisme, sans oublier toutefois la réalité plus noire», dit encore l'Anglais qui vit à Achrafieh «depuis sept ou huit mois».
Les peintures citadines de Tom Young donnent envie d'aller voir au-delà du coin de ces rues et d'en explorer les ruelles ombragées, de humer cette touffe de fleurs improbablement jaillie de trous de balles dans un mur. Ville de contrastes par excellence, Beyrouth a fasciné l'artiste par ses schizophrénies architecturale et humaine.
Avec un couteau à peindre, Young travaille les empâtements de peinture en comprimant la couleur contre le support. C'est ainsi qu'il obtient des surfaces plates et régulières, bordées de lignes et de contours en relief. Mais avant de commencer le couteau, il fait une première couche d'accroche au pinceau avec une peinture à l'huile assez maigre, de couleur rouge. Pour donner déjà une première impression visuelle, mais aussi pour border ses touches de ce carmin «couleur passion et couleur sang», deux adjectifs si proches de Beyrouth.
Tom Young a étudié l'art et l'architecture en Angleterre et à Istanbul. Il a réalisé de nombreuses commandes de paysages et de portraits qui l'ont mené un peu partout, de Grande-Bretagne aux États-Unis, en passant par la France, l'Espagne, l'Italie, le Maroc, la Turquie, la Syrie, l'Inde, la Malaisie et, last but not least, le Liban. Où il espère vivre et peindre, encore et encore...
* Place de l'Étoile, rue 62, Hussein el-Ahdab, secteur Nejmeh. Tél. : 01/983111.
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