Frances Guy est une grande sportive.
Frances Guy affirme que l'initiative du blog est venue de l'ancien ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, qui avait commencé à poster ses textes alors qu'il était ministre de l'Environnement. Arrivé au Foreign Office, il avait encouragé les ambassadeurs à faire de même. « Nous devions faire cela à tour de rôle. Le premier qui avait commencé à écrire était l'ambassadeur du Royaume-Uni à Kaboul. J'ai été la deuxième. On me l'avait demandé car j'étais une diplomate femme dans un pays du Moyen-Orient. Je devais écrire pour une période de trois mois », raconte Mme Guy.
Après un certain temps, de nombreux diplomates se sont mis à bloguer ; elle aussi continue à le faire. « Au début, mes blogs étaient relus à Londres, maintenant je poste tout de suite sur le Net », dit-elle simplement en réponse à une question concernant la censure. « L'été dernier avec l'approche des élections législatives au Liban, j'ai arrêté de bloguer car il est difficile de ne pas écrire sur des sujets d'actualité », dit-elle, ajoutant : « Nous sommes des diplomates, nous ne pouvons pas refléter tout ce que nous faisons dans notre blog. Les diplomates sont aussi habitués à s'autocensurer. »
Mme Guy aimerait écrire par exemple sur la représentation proportionnelle, un sujet d'actualité aussi bien à Beyrouth qu'à Londres, mais elle sait qu'elle ne pourra pas le traiter comme elle en a vraiment envie.
Pour son blog, l'ambassadrice de Grande-Bretagne s'inspire de ses rencontres, des endroits qu'elle visite... L'idée peut aussi surgir à l'issue d'une conversation.
« Je n'écris pas tous les jours. Pour rédiger des choses intéressantes, il faut faire des recherches et ça prend du temps », explique-t-elle, évoquant certains détails de chaque texte qu'elle a écrit, notamment l'idée ou la personne qui l'avait inspirée, la recherche qu'elle avait effectuée et la façon avec laquelle elle avait procédé pour écrire.
« C'est important de partager son expérience, que ce soit une rencontre, une conversation ou une visite », dit Mme Guy, soulignant que le but du blog est « de rendre le Foreign Office plus accessible, plus moderne, d'avoir une diplomatie britannique plus ouverte, moins secrète que ce qu'elle a été par le passé, et aussi d'informatiser le ministère britannique des Affaires étrangères ».
Le blog a pour cible un public local et son lien est notamment envoyé aux journalistes, aux professeurs d'université, aux académiciens. Parfois il est commenté par la presse. Au Moyen-Orient, il est traduit en arabe et en Amérique latine, il est traduit en espagnol.
Première ambassadrice britannique femme au Yémen
Nommée ambassadeur pour la première fois pour un mandat dans un pays aussi difficile pour les femmes que le Yémen, Mme Guy a un sujet de prédilection pour son blog : les dossiers concernant les femmes.
« J'ai écrit sur divers sujets concernant les femmes. D'ailleurs, l'une des raisons pour lesquelles j'ai été initialement sélectionnée pour écrire dans ce blog était parce que je suis une femme ambassadrice en poste dans le monde arabe et jusqu'à présent nous n'avons pas assez de femmes ambassadrices au ministère des Affaires étrangères », explique-t-elle, ajoutant avec une pointe d'humour : « J'ai tellement écrit sur le sujet au point d'avoir introduit un commentaire soulignant que ce blog n'est pas un blog de féministes. »
Évoquant la situation des femmes au Liban, elle ajoute : « Dans ce pays d'opportunités, pays ouvert sur nombre de plans, il est frustrant de ne pas avoir des femmes impliquées dans le domaine politique. »
Invitée à évoquer son expérience de femme ambassadeur au Yémen, Mme Guy raconte qu'elle était la troisième femme de ce rang nommée au Yémen. « Il y avait eu avant moi une ambassadrice américaine, une ambassadrice allemande, mais nous n'étions pas en poste en même temps », dit-elle.
C'est justement quand elle parle de son expérience au Yémen qu'on devine sa force de caractère et aussi sa modestie.
« Il n'y a pas de problème à exercer le métier d'ambassadrice au Yémen quand on est une femme, mais parfois c'était difficile. J'étais traitée très correctement. Le problème se pose durant les réceptions et les occasions sociales, car les hommes et les femmes sont séparés », dit-elle. Elle se souvient en détail d'une réception à laquelle elle avait été invitée. « C'était une réception pour mâcher du qat. Ce genre d'occasion sociale est particulièrement très séparé. Je suis entrée dans une salle où il y avait une soixantaine d'hommes. L'hôte m'avait invité parce que j'étais ambassadrice de Grande-Bretagne. J'ai traversé la salle, soixante hommes était assis par terre et je savais que 90 % d'entre eux ne voulaient pas de moi dans cette réception. Je pouvais le sentir. Mais j'étais invitée, mon hôte m'avait réservé la meilleure place et la société yéménite est une société tribale qui respecte tout ce que l'hôte décide », indique-t-elle.
« De plus, contrairement à mes collègues hommes, j'avais accès aux femmes. Je pouvais les voir, me réunir avec elles. Donc, je pouvais me réunir avec des hommes et prendre part à des événements sociaux où il n'y avait que des hommes et j'étais également invitée aux soirées de femmes ; ce n'était pas le cas de mes collègues hommes. Vous êtes donc privilégiés en tant que femme ambassadrice car vous avez un plus dans ce genre de pays, vous avez accès à ce que les hommes n'ont pas », ajoute-t-elle.
Quand on lui fait remarquer qu'elle doit avoir quelque chose de très particulier pour que le Foreign Office la nomme pour la première fois ambassadrice pour un mandat au Yémen, elle répond simplement : « Le ministère avait besoin de quelqu'un qui parle l'arabe, ce que je fais, mais aussi j'avais travaillé dans des pays difficiles, comme l'Éthiopie et le Soudan. »
Et quand on lui demande pourquoi elle avait été nommée dans des pays difficiles, Mme Guy répond dans un éclat de rire : « J'aime les postes difficiles. » « C'est plus gratifiant de faire des choses difficiles. Dans un pays difficile on peut entreprendre des projets qui peuvent faire la différence, spécialement dans les pays pauvres et peut-être aussi pour moi parce que cela a un caractère moins formel que dans d'autres pays », ajoute-t-elle.
Grande sportive
Ce caractère moins formel est bien visible dans certaines activités publiques que l'ambassadrice du Royaume-Uni choisit de pratiquer au Liban.
Ainsi, grande sportive et ayant parmi l'un de ses passe-temps favoris la course à pied, Mme Guy a participé à plusieurs reprises au marathon de Beyrouth.
« Je circule dans une voiture blindée, je suis la plupart du temps loin des gens. Aussi, le fait de courir au marathon constitue l'une des rares opportunités que j'ai d'être proche des gens. C'est une occasion de parler à des personnes que je n'aurai pas le loisir de rencontrer ailleurs », dit-elle.
Il y a environ un mois, elle avait participé au triathlon de Tyr, une idée lancée par un groupe d'Européens et comprenant des compétitions de cyclisme, de natation et de course à pied. Elle n'était pas la seule chef de mission diplomatique à prendre part à cette discipline. Il y avait également trois autres ambassadeurs : le Tchèque Jan Cizek, le Belge Johan Verkammen, ainsi que la Norvégienne Aud Lise Norheim.
Nommée ambassadrice au Liban en octobre 2006, pour son deuxième mandat de chef de mission diplomatique après le Yémen, Frances Guy souligne que l'un des projets qu'elle a le plus appréciés était celui du déminage et du nettoyage du Liban-Sud des bombes à sous-munitions. « J'ai vu sur le terrain des personnes courageuses, des hommes et aussi des femmes démineurs », dit-elle. Elle évoque également le patronage par le Royaume-Uni d'un athlète britannique handicapé lors du marathon de Beyrouth en 2008. « Je l'avais accompagné au Liban-Sud. Nous étions avec l'association Norwegian's People Aid et j'ai vu des enfants désespérés qui avaient perdu leurs jambes. Je les ai vus comment ils regardaient l'athlète qui avait lui aussi les jambes amputées. Il ne savait pas parler arabe, mais il leur a donné courage et les a inspirés », souligne-t-elle, ajoutant que son pays « encourage le Liban à participer aux Jeux olympiques de Londres où il a la meilleure chance de remporter une médaille, dans le cadre des jeux paralympiques. »
C'est effectivement quand Frances Guy évoque les images, tristes ou gaies, du Liban que l'on découvre une femme sensible, au grand cœur, ouverte aux autres et ayant le sens du détail.
Parmi les images tristes qui l'ont le plus frappée au Liban figurent celles de Nahr el-Bared après son ouverture en 2007. « C'était en même temps la destruction du camp et la situation des habitants qui m'avaient touchée. Une visite au mémorial de Cana m'avait aussi mis les larmes aux yeux », dit-elle, se souvenant d'un « homme qui restait dans l'espace du mémorial car il avait perdu toute sa famille lors des bombardements israéliens et n'avait nulle part où aller ».
Évoquant en revanche les belles choses, Mme Guy n'est pas près d'oublier la réouverture du centre-ville en mai 2008 après la levée du sit-in. « C'est la rapidité avec laquelle la réouverture a eu lieu qui m'avait frappée. J'ai même pris une photo sur mon téléphone portable de ces rues encombrées de gens. Je ne peux imaginer qu'un restaurant à Londres, fermé durant 18 mois, puisse rouvrir en 24 heures et servir une centaine de repas. Pour moi, la réouverture rapide du centre-ville, tout comme la reconstruction de Khiam, est le symbole de l'ingénuité des Libanais », souligne-t-elle en conclusion.


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