Un policier pakistanais, aidé par un fidèle, évacue l’une des victimes des attaques d’hier à Lahore. Arif Ali/AFP
Le Pakistan connaît depuis bientôt trois ans une vague d'attentats - près de 400, suicide pour la plupart - et d'attaques de commandos, perpétrés pour l'essentiel par les talibans alliés à el-Qaëda, qui ont fait près de 3 400 morts dans tout le pays. Certaines de ces attaques visent des communautés minoritaires de l'islam dans le pays : les chiites essentiellement, mais aussi les ahmadis - également appelés qadianis -, notamment à Lahore, berceau de cette obédience qui prône un islam moderniste et libéral et œuvre principalement dans le développement et l'aide aux défavorisés. Cette secte a été longtemps persécutée au Pakistan, selon des organisations de défense des droits de l'homme. Les sunnites et les chiites considèrent les ahmadis comme des hérétiques.
Lahore a été ces derniers mois l'un des principaux théâtres des attaques et attentats perpétrés par les talibans ou des groupes insurgés qui leur sont liés. Le 12 mars, 57 personnes avaient été tuées et plus de 130 blessées dans un double attentat-suicide visant des véhicules de militaires à proximité d'un marché fréquenté, où les passants se pressaient pour la prière du vendredi. En un an, neuf attentats et attaques de commandos ont fait au moins 265 morts au total dans la ville.
Les violences - dont de nombreux attentats - à caractère religieux, également commises essentiellement par les talibans sunnites ou des groupes affiliés, visent principalement les chiites. Ceux-ci représentent moins de 20 % des 170 millions d'habitants de la République islamique du Pakistan. Plusieurs des précédentes attaques à Lahore avaient été revendiquées par le Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), principal groupe d'insurgés islamistes, qui a fait allégeance à el-Qaëda dès sa création en décembre 2007. Le TTP est tenu pour principal responsable de la vague d'attentats et d'attaques de commandos. Ses bastions sont situés dans les zones tribales du nord-ouest, frontalières de l'Afghanistan, considérées comme le principal sanctuaire d'el-Qaëda dans le monde et base arrière des talibans afghans.
Washington qualifie les zones tribales de « région la plus dangereuse au monde » et les drones de la CIA et de l'armée américaine y tirent fréquemment des missiles visant des cadres du mouvement d'Oussama Ben Laden et des talibans. Mais ces bombardements font aussi des victimes parmi les civils, selon Islamabad.

