Omar el-Béchir a prêté serment hier pour un nouveau mandat après avoir été réélu, en avril dernier, lors d’un scrutin boycotté par plusieurs partis d’opposition.Ashraf Shazly/AFP
Six chefs d'État africains ont assisté au discours d'investiture devant le Parlement à Khartoum, mais la représentation occidentale, notamment européenne, était minimale avec essentiellement des diplomates en poste dans ce pays. Des organisations internationales de défense des droits de l'homme s'étaient indignées de la présence du négociateur en chef de l'ONU et de l'Union africaine, Djibril Bassolé, et le plus militarisé des groupes rebelles du Darfour, le Mouvement pour l'égalité et la justice (JEM), avait appelé au boycottage de la cérémonie. De son côté, le président sud-africain, Jacob Zuma, a prévenu que son homologue soudanais serait arrêté s'il se rendait en Afrique du Sud pendant le Mondial. « L'Afrique du Sud respecte le droit international et, en tant que signataires des traités, nous appliquerons la loi », a déclaré M. Zuma au Parlement sud-africain. M. Béchir avait effectué l'an dernier plusieurs déplacements à l'étranger en dépit du mandat d'arrêt de la CPI.
Lors de son discours, le président soudanais a par ailleurs promis de « travailler à la sécurité et à la stabilité » du Darfour, où le conflit a fait 300 000 morts selon l'ONU, 10 000 selon Khartoum, depuis 2003. Une promesse qui intervient au moment où de nouveaux combats ont été signalés et alors que les négociations de paix avec le JEM marquent le pas. Mercredi soir, le responsable soudanais chargé du dossier du Darfour a exclu une reprise des négociations de paix avec le JEM, qu'il a accusé d'avoir violé les accords de trêve. Le Soudan a récemment demandé à Interpol d'émettre un mandat d'arrêt contre le chef du JEM, Khalil Ibrahim. Le leader rebelle a été expulsé la semaine dernière du Tchad vers la Libye.
Le nouveau mandat de M. Béchir est crucial pour le Soudan, du fait du référendum prévu en janvier 2011 sur la sécession du Sud, dans le cadre de l'application de l'accord de paix global, qui a mis fin en 2005 à 22 ans de guerre civile dans le plus vaste pays d'Afrique. « Nous nous sommes engagés (...) à organiser le référendum dans le Sud à la date prévue. C'est un engagement que nous ne renierons pas », a déclaré M. Béchir devant le Parlement, tout en promettant un scrutin « libre » et suivi par des observateurs soudanais et étrangers. « Nous accepterons, de bonne foi, le choix du Sud, quel qu'il soit. » « Notre position est que nous croyons à l'unité. Nous l'appelons de nos vœux, nous nous y préparerons et nous y travaillerons », a toutefois souligné le président. Une position opposée à celle du dirigeant sudiste, Salva Kiir, qui s'est engagé à faire campagne pour l'indépendance.
M. Béchir a été réélu avec 67 % des suffrages, une victoire sans surprise du fait du boycottage de ses rivaux les plus sérieux. Plombé par des accusations de fraudes et des problèmes logistiques, le scrutin n'a pas été conforme aux normes internationales, selon la Fondation Carter et l'UE.

