Dans son allocution, le ministre Hajj Hassan a évoqué des cas récents où l'absence de loi a handicapé les autorités publiques et la société civile dans leur lutte contre des abus ayant trait aux espèces menacées. Il a présenté la ratification par le Liban de cette convention comme une nécessité pour la préservation de la vie sauvage, comme pour la protection du pays de ce genre de trafic illégal. Il a en outre fait une autre annonce importante, celle de la création d'un comité pour la vie sauvage au sein du ministère.
Selon des informations obtenues par L'Orient-Le Jour, le ministère de l'Agriculture a déjà envoyé le dossier de la ratification de la Cites au ministère des Affaires étrangères, comme le veut la procédure, et il est prévu que le pays en devienne membre dès 2011. En fait, les mesures prises par le Liban sont déjà en harmonie avec les dispositions prévues par la Cites, mais Beyrouth n'a, jusqu'à nouvel ordre, ni le droit d'assister aux réunions ni de voter dans le cadre de cette convention, adoptée en 1973 et comptant plus de 170 membres à ce jour. Quand le Liban deviendra membre, il devra, comme il ressort d'interventions d'experts européens hier, créer une autorité de gestion et une autre scientifique, afin de suivre l'application de la convention par le Liban.
Dans son intervention, Lana el-Khalil, présidente d'Animals Lebanon, a beaucoup insisté sur l'absence de lois contre le trafic illégal au Liban, qui reste, avec l'Irak et Bahrein, le seul pays de la région à n'être toujours pas membre de la Cites. Au cours de la conférence, une intervention de l'avocate Marguerite el-Rassi, dont le bureau Joseph Khoury Hélou a été chargé par Animals Lebanon de rédiger un projet de loi sur la protection des animaux et contre le trafic illégal, a permis de constater que le travail est en cours.
À L'Orient-Le Jour, Me el-Rassi a confié que le projet de loi est en préparation, avant d'être soumis au ministère de l'Agriculture pour révision, puis aux commissions parlementaires. Elle a expliqué que ce projet est conçu en prévision de l'application des conventions internationales et devra naturellement être suivi des décrets d'application. « Nous n'aspirons pas à une loi très compliquée et chercherons à éviter les approches qui pourraient représenter un obstacle à son application », a-t-elle précisé.
Une telle loi et même la ratification de la Cites seront-elles suffisantes pour assurer une protection des espèces menacées au Liban ? Rien n'est moins sûr, selon le représentant de Greenpeace, qui a pris la parole au cours des débats.
Des mesures complexes
Les intervenants européens ont donné par ailleurs de nombreuses indications sur l'application de la Cites. John Hounslow, chef de l'autorité en charge de l'application de la convention en Grande-Bretagne, a parlé de son application au sein de l'UE, soulignant que l'un des problèmes rencontrés était l'absence de frontières internes dans cet immense marché libre. Il a évoqué le fait que certaines des législations européennes nationales étaient plus strictes que la Cites. Il a beaucoup parlé de la coordination entre les gouvernements grâce aux bases de données informatiques, pour mieux cerner les criminels. Il a enfin détaillé les mesures d'obtention de permis, insistant sur la nécessité d'exiger des permis d'exportation du pays d'origine, tout comme les permis d'importation.
Pour sa part, Jacques Wintergerst, du ministère français de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de la Mer, a donné des indications qui pourraient être utiles à des pays non européens, comme le Liban. Il a évoqué une prochaine augmentation substantielle des amendes (de 9 000 à 75 000 euros) et des peines de prison (de six mois à deux ans), en France, afin que les sanctions se fassent plus dissuasives dans un domaine lucratif. Il a enfin parlé d'un logiciel permettant aux fonctionnaires des douanes, qui doivent être rigoureusement formés, de mieux naviguer dans le monde de l'application de la Cites, et qui pourrait être proposé au Liban. À noter qu'aucun représentant des douanes libanaises n'était présent hier à la conférence.
La conférence poursuivra ses travaux aujourd'hui avec un autre sujet épineux concernant les droits des animaux : la surveillance et la réglementation des zoos.

