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Diaspora

Ces Libanais du Sénégal qui ont conquis Paris

Ils sont arrivés en France munis de leur langue, leur richesse culturelle et une nostalgie pour le pays où ils ont grandi, le Sénégal. Loin de leurs familles, ces Libanais d'Afrique comptent surtout sur eux-mêmes et sur les réseaux sociaux pour bien réussir leur parcours universitaire et professionnel.

Un groupe de Libanais du Sénégal rencontrés à Paris.

À Paris ou au sud de la France, il n'est pas difficile de reconnaître un Libanais du Sénégal. Il garde souvent la générosité des Orientaux, l'hospitalité des Sénégalais et adopte un ton parfois sarcastique lorsqu'il parle des Libanais originaires du Liban.
Ils s'appellent Diana, Dior, Georges, Haïtham, Marie, Marwan, Nadia et Taha. Ces Libanais du Sénégal ont entre 21 et 30 ans. Ils ont choisi la France comme destination. Un choix émis naturellement, sans hésitation, un souhait d'enraciner ce qui est devenu presque une habitude. L'émigration des Libanais du Sénégal en France a débuté depuis plus de 30 ans.

Une jeunesse qui vient de loin
Ce sont leurs parents qui, au départ, sont venus poursuivre des études supérieures en médecine ou en pharmacie. Des années plus tard, plus de la moitié des étudiants libanais inscrits dans des lycées français à Dakar s'installent chaque année dans la ville lumière ou au sud du pays, notamment à Montpellier, Toulouse, Bordeaux et Lyon. « Il existe évidemment des facteurs qui nous encouragent à nous rendre en France : la langue, la proximité géographique, mais aussi les partenariats éducatifs instaurés entre la France et le Sénégal », raconte Georges, 28 ans, informaticien. Les réseaux sociaux aident également ces jeunes à mieux se débrouiller.
Nadia, 27 ans, responsable d'études en marketing international, explique : « Nous savons qu'il y aura des amis sur place qui pourront nous fournir leur aide au début. C'est comme si les relations nouées au Sénégal se recomposent en France. »
C'est pour entamer des études en finances, en commerce, en marketing ou en communication qu'ils quittent le pays. Poussés par leurs parents, ils s'envolent vers de nouveaux horizons. Dans leurs bagages, ils apportent leur passeport sénégalais, plus rarement le passeport libanais. « C'est plus simple d'utiliser le premier que le second », raconte Dior, de mère sénégalaise et de père libanais, étudiante en communication. « D'ailleurs, mes amis libanais ont eu plus de difficultés à venir étudier en France. Ils ont dû présenter à l'ambassade des attestations selon lesquelles ils s'engagent, une fois leurs études achevées, à rentrer au Sénégal. »
Diana, 25 ans, étudiante en gestion, explique qu'elle ne dispose pas de passeport libanais. Mais elle se souvient encore du dernier contact qu'elle a eu avec des administrations publiques libanaises. « Je tentais en vain d'expliquer à la personne au guichet que je ne comprenais pas l'arabe. Elle me répondait en arabe. Je me suis sentie étrangère. » Sa sœur Nadia a dû également faire face à la même situation. Ces souvenirs les marquent toujours.
Ce qui caractérise ces jeunes, d'ailleurs, c'est leur bonne mémoire. Haïtham, 24 ans, travaillant dans le domaine des finances comme employé de banque, et Taha, 28 ans, consultant en finances, n'ont pas oublié les différentes étapes qu'ils ont traversées depuis leur arrivée en France. Pour cette raison, ils comptent créer un site d'entraide dédié aux Libanais du Sénégal. « Nous sommes une vingtaine à vouloir mettre au profit de ces jeunes nos propres expériences », explique Taha.
Des expériences riches mais parfois dures. Nadia se rappelle encore combien elle a souffert pour louer un appartement à Paris. « À chaque fois qu'on me voyait, on me bombardait des questions. Tu es libanaise? D'où viens-tu? De quelle région ? Et, expressément, de quelle religion? » Des mots qui font réagir Dior. « Avec mon nom de famille, Alaeddine, et ma couleur de peau, je fais souvent face à une discrimination en France. » Quant à Haïtham, il va jusqu'à dire : « J'ai l'impression qu'ici, un Libanais chrétien passe mieux qu'un Libanais musulman. » Un vécu parfois douloureux, mais qui semble avoir renforcé la personnalité de ces jeunes. Pour eux, le plus important, c'est de ne pas oublier d'où ils viennent. « Lorsqu'on vient d'Afrique et qu'on a rencontré des gens qui vivent dans la misère, on ne peut que garder les pieds sur terre », note Marie, 29 ans, consultante. Marwan, en stage de fin d'études en finances, insiste : « Quand je me présente, je mets en avant le fait que je suis Libanais du Sénégal. »

Une perception complexe des Libanais du Liban
À les entendre, la différence est énorme entre un Libanais du Sénégal et un autre du Liban. Selon Haïtham, ces derniers sont tellement « frimeurs et passionnés par le paraître ». « À chaque fois qu'on les croise, il veulent se mettre en avant, dit-il. Le Libanais du Sénégal, lui, est plus modeste. J'ai des amis fortunés, mais ils ne le montrent pas. » Dior ne semble pas tout à fait d'accord. Elle lui rappelle que même en Afrique, le Libanais manque souvent d'humilité. « Le plus important à leurs yeux est d'être vus, et que leurs actions soient reconnues par toute la communauté », souligne-t-elle.
C'est l'usage, par le Libanais issu du Liban, de plusieurs langues à la fois qui irrite parfois Nadia. « Ils glissent des mots en anglais dans la conversation, histoire de monter qu'ils parlent trois langues », lance-t-elle. Haïtham raconte comment c'est en fréquentant l'un d'eux qu'il s'est aperçu qu'un vrai problème de confessionnalisme existe au Liban. « Au Sénégal, nous vivons en communauté, chrétiens et musulmans, précise-t-il. La question de la différence religieuse ne se pose même pas. »
En fait, la plupart de ces jeunes gardent souvent une image négative de leurs concitoyens du Liban, due à plusieurs facteurs. Un cliché véhiculé par certains médias et des reportages peignant souvent une société hypocrite, superficielle, cachant sous son modernisme différents genres d'archaïsme. Certains citent des reportages télévisuels, dont « Beyrouth, capitale mondiale de la chirurgie », diffusé sur France Télévisions, à la suite duquel ils ont dû faire face à des critiques parce qu'ils sont libanais. Cette mauvaise image est confortée par l'inexistence, à quelques exceptions près, de relations amicales liant ces jeunes à leurs concitoyens du Liban. Ces derniers ne sont souvent que des collègues de travail ou des connaissances universitaires.
Néanmoins, ceux qui se sont déjà rendus au Liban sont moins critiques envers le système local. Marie insiste sur le fait qu'elle est rentrée « métamorphosée » du Liban. Haïtham, quant à lui, est bouleversé lorsqu'il parle de la reconstruction du pays. « Je me rends chaque trois ans sur place et je suis toujours ébloui par la capacité incroyable du peuple libanais à vouloir se redresser », raconte-t-il. Depuis son arrivée en France, il essaye de parler aussi que possible la langue que tenaient tant à lui apprendre ses parents. « Au Sénégal, je leur répondais en français, se souvient-il. Depuis que je suis en France, c'est devenu un réflexe de parler l'arabe avec ceux qui le comprennent. » Son attachement au Liban émeut Diana et Nadia qui rêvent d'y aller pour la première fois. Et quand il leur raconte Beyrouth, les jeunes filles dévorent ses paroles. Surgissent alors les images d'une ville critiquée, mais surtout adulée.
À Paris ou au sud de la France, il n'est pas difficile de reconnaître un Libanais du Sénégal. Il garde souvent la générosité des Orientaux, l'hospitalité des Sénégalais et adopte un ton parfois sarcastique lorsqu'il parle des Libanais originaires du Liban.Ils s'appellent Diana, Dior, Georges, Haïtham, Marie, Marwan, Nadia et Taha. Ces Libanais du Sénégal ont entre 21 et 30 ans. Ils ont choisi la France comme destination. Un choix émis naturellement, sans hésitation, un souhait d'enraciner ce qui est devenu presque une habitude. L'émigration des Libanais du Sénégal en France a débuté depuis plus de 30 ans. Une jeunesse qui vient de loinCe sont leurs parents qui, au départ, sont venus poursuivre...