Ayant inventé un procédé original, il construit sur ses toiles une multiplication infinie d'étoiles de mer qu'il recouvre de pigment coloré. Le résultat en est à la fois fascinant et vibrant. Sa démarche semble claire. En réalité, lorsqu'il fait défiler devant le public ses œuvres de jeunesse et celles des années 1970, on saisit mieux sa trajectoire. Telle une ritournelle sans fin, le peintre reprend en leitmotiv la multiplication d'un motif unique qui s'enrichit au fil des années, donnant à ses toiles profondeur et relief.
Les oliviers de Ain Aar
Nourrie de son héritage culturel, la peinture de Nabil Nahas revêt deux facettes distinctes, symbolique et optique. «Pour moi, la peinture est une remise en question, confie-t-il lors d'un entretien accordé à L'Orient-Le Jour à son atelier à New York. J'ai eu envie de représenter de manière iconoclaste les paysages du Liban et la flore méditerranéenne que je connais, comme les cèdres, les palmiers, les figues de barbarie, les oliviers... et aussi les buissons de genêts aux couleurs vivaces et variées, et autres plantes de notre terroir. Cela a évolué. J'ai réalisé que je pouvais faire les deux modes de travail. Le premier me relaxe émotionnellement, le deuxième est cérébral et intellectuel.»
Établi entre New York et le Liban, Nabil Nahas dit se ressourcer énormément au Liban. «Ces longs séjours ont été bénéfiques pour mon travail. La flore méditerranéenne pénètre ma peinture.» Attiré par les forêts, il se rend très souvent à Naas, chez Fadel, pour y puiser son inspiration. C'est là qu'il «obtient beaucoup d'informations». Il en va de même pour la forêt des Cèdres. «Le cèdre fait partie de l'ADN du Libanais, de notre subconscient collectif, dit-il. J'emmagasine dans ma tête tous les éléments propices à mon œuvre. C'est en Amérique que je les repeins de mémoire. Ils rejaillissent de mon subconscient... Les oliviers de Ain Aar feront l'objet du prochain thème de mes tableaux...», laisse-t-il entendre.
Expliquant sa fascination pour les cèdres et les palmiers - qu'il a redécouverts lors d'un séjour au Maroc lui rappelant son enfance passée au Caire -, Nabil Nahas explique la manière dont il a agencé l'exposition de New York montrant côte à côte arbres graphiques et étoiles de mer. «C'est intéressant de suivre le palier graphique des différents arbres que je peins, dit-il. Le cèdre est lunatique, "moody"; l'olivier, symbole de longévité, a, à la fois, cette brutalité des troncs torturés et la délicatesse des feuillages se détachant sur un ciel bleu et rougeoyant; le palmier, symbole de l'exotisme, a un tronc torturé et riche qu'il décline dans tous les sens. Ce qui offre un luxe de détails à explorer et qui viennent enrichir la palette et les formes... J'ai voulu, à travers cette exposition qui se déroule à New York, montrer les deux facettes de ma peinture qui est une sorte de correspondances», explique-t-il.
De nouveaux projets au Liban? Solidere lancera le 22 juin la grande rétrospective de l'œuvre de Nabil Nahas, représentant quarante ans de peintures, au Beirut Exhibiton Center, une réalisation signée «L.E.F.T.», un collectif fondé à Beyrouth et à New York en 2001, composé de grands architectes libanais, Makram el-Kadi et Ziad Jamaleddine, qui participent au projet du port et de la nouvelle marina, en collaboration avec le bureau d'architecture américain de Steven Holl. Le texte du catalogue de cette rétrospective sera signé par deux personnalités américaines, Carter Ratcliff et Vincent Katz.
Il convient de rappeler que la série sur l'architecture autour du centre-ville présentée au FIAF avec l'architecte Bernard Khoury, qui a présenté les différents projets révolutionnaires, dont le B018 et la Centrale, se poursuivra avec l'architecte canadien Rodolphe el-Khoury du Canada Research Chair in Architecture et Urban Design de l'Université de Toronto; Hashim Sarkis, directeur du programme Aga Khan de Harvard University Graduate School of Design et en présence des architectes Makram el-Kadi et Ziad Jamaleddine. Cette série sera clôturée le jeudi 20 mai par une discussion autour de la reconstruction de Beyrouth et son identité culturelle, en présence des architectes Georges Arbid, professeur d'architecture à l'AUB; Steven Holl, professeur à Columbia University, Graduate School of Architecture, Planning and Preservation et WORK, une société d'architecture cofondée par Amale Andraos et Dan Wood.
World Nomads Lebanon, qui est une «célébration du multiculturalisme» autour du Liban, est organisée en partenariat avec le PEN World Voices Festival of International Literature, ArteEast, en collaboration avec Alwan for the Arts, Architizer Kleio Projects et le consulat du Liban à New York sous la houlette d'Antoine Azzam.


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