Cette stratégie s'inscrit dans la droite ligne de l'ambition de modernisation du chef de l'État, qui a l'an dernier qualifié son pays d'« arriéré et corrompu », avec une « économie primitive » et une « démocratie faible ». D'autant que la crise économique et financière mondiale a secoué le pays, très dépendant de ses exportations d'hydrocarbures : après avoir connu pendant plusieurs années des taux de croissance enviables grâce aux cours élevés des matières premières, elle a vu en 2009 son produit intérieur brut plonger de 7,9 % et subi la chute des investissements étrangers.
« La crise a montré que la Russie ne pouvait se développer toute seule - il faut s'appuyer sur quelqu'un », a commenté une source au sein de la diplomatie russe, citée par Newsweek. Dans ce contexte, la nouvelle doctrine préconise de renforcer les relations avec l'Union européenne et les États-Unis, et de suivre attentivement l'évolution du rôle de la Chine dans les affaires internationales.
« Une importance toute particulière sera accordée (...) au renforcement des liens d'interdépendance avec les principales puissances mondiales et régionales fondé sur l'interpénétration de l'économie et de la culture », souligne dans l'introduction du projet le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. Avec l'UE, son voisin à l'Ouest, la doctrine propose de mettre en place un « projet pilote d'alliance pour la modernisation », qui servirait d'exemple ensuite pour renforcer les liens avec des pays tels que l'Inde ou le Brésil.
Le projet plaide aussi pour trouver des moyens permettant d'utiliser « le potentiel technologique américain » et de mettre fin « aux restrictions toujours en vigueur aux États-Unis sur les transferts de technologies en Russie », alors que les relations avec Washington connaissent une embellie depuis l'élection de Barack Obama. Toutefois, M. Lavrov met en garde contre les tentatives d'une partie de l'establishment américain de « revenir à la politique de confrontation » de l'administration précédente. Contacté par l'AFP, un porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a refusé de commenter ces informations.
« Cela signifie que la politique extérieure (de la Russie) ne se résume plus à l'obsession sur le statut du pays et sur sa place dans la hiérarchie mondiale et que son objectif est autre : attirer les ressources extérieures pour le développement du pays », relève Dmitri Trenine, directeur du centre Carnegie à Moscou, interrogé par l'AFP. « Il est devenu clair qu'il fallait faire des efforts, changer les fondements de l'économie et du système politique. Je pense que le président l'a compris - subjectivement, il est proche d'une vision des choses qui me paraît moderne et adéquate pour la Russie », ajoute-t-il.

