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Municipales 2010 : l'enjeu

Pleins feux sur la bataille des moukhtars

Près d'un million d'inscrits sont appelés à se rendre aux urnes demain dimanche pour la deuxième phase des élections municipales, prévues cette fois-ci à Beyrouth (450 000 inscrits) et dans la Békaa (550 000).
Dans la capitale, 157 candidats se disputeront les 24 sièges du conseil municipal, un chiffre assez pléthorique qui tend à montrer, contrairement à une idée reçue, que les jeux ne sont pas entièrement faits à ce niveau.
Certes, en présence d'une seule liste complète, fruit d'un consensus entre le 14 Mars, le mouvement Amal et le Tachnag, il n'y aura pas à proprement parler de bataille pour la majorité des sièges de conseillers municipaux. Sur ce plan, le vainqueur est connu d'avance.
En revanche, étant donné la pléthore de candidats et le vote capricieux - quoique souverain - des électeurs, des effets pervers ne sont pas à écarter pour ce qui est du respect de la parité islamo-chrétienne et davantage encore pour ce qui est de l'équilibre entre les diverses communautés à l'intérieur d'un même groupe (par exemple entre sunnites et chiites). Seule une participation massive au scrutin est de nature à écarter ce risque.
À ce sujet, des sources du 14 Mars citées hier par l'agence al-Markaziya ont fait état d'informations selon lesquelles des milieux islamistes de la capitale, profitant de la démobilisation de l'électorat, collaboreraient avec certaines forces du 8 Mars pour tenter précisément de rompre la parité islamo-chrétienne. Une telle rupture serait de nature à nuire au crédit du Premier ministre, Saad Hariri, qui a fait du respect de cette parité sa priorité absolue dans ce scrutin.
Les élections proprement municipales se feront sans le CPL. Lâché par Amal et le Tachnag, ce dernier a décidé de se lancer dans une opération de boycottage actif de ce scrutin. Tout en s'abstenant de prendre une position en flèche, le Hezbollah s'est solidarisé avec lui, retirant son candidat et annonçant son intention de ne pas participer au vote.
La bataille du général Michel Aoun se concentrera donc sur les moukhtars des quartiers chrétiens de la ville. Il faut savoir à ce propos que contrairement au conseil municipal, élu sur la base d'une circonscription unique formée de toute la ville, le vote pour la désignation des moukhtars se déroule par quartiers.
Au total, 282 candidats se disputeront 108 sièges de moukhtars dans l'ensemble de la ville, mais c'est sur le sort d'une trentaine de sièges que les regards seront braqués dimanche.
Au vu des résultats des élections législatives de juin dernier, c'est à n'en pas douter dans le quartier de Rmeil, qui compte douze sièges de moukhtars, que la bataille entre le 14 Mars et le général Aoun sera la plus serrée, sachant que pour ce qui est du scrutin des moukhtars, le Tachnag fait cause commune avec le CPL.
Dans ce quartier, la liste du 14 Mars avait obtenu en juin une moyenne de 51 % contre 49 % à l'alliance CPL-Tachnag. Dans les deux autres quartiers de la circonscription de Beyrouth 1, Achrafieh (12 sièges de moukhtars) et Saïfi (4 sièges), l'avance du 14 Mars était nettement plus consistante.
Ces scores étaient naturellement tributaires du poids de l'électorat arménien, aux trois quarts acquis au Tachnag. Certes, le nombre d'inscrits arméniens à Rmeil est à peu près égal à celui de leurs coreligionnaires à Achrafieh, mais la différence réside dans le fait que dans le premier quartier, ils forment près du tiers de l'électorat total, alors que dans le second, ils n'en atteignent pas le quart.
Mais outre le vote arménien, il sera intéressant de suivre dans ces quartiers l'évolution de celui des autres communautés chrétiennes, notamment les maronites, les grecs-orthodoxes et les grecs-catholiques, qui avaient élu en juin la liste du 14 Mars à près de 60 % contre 40 % seulement pour l'alliance CPL-Tachnag.
Pour ce qui est du quartier de Medawar, qui comprend également 12 sièges de moukhtars, le suspense ne sera pas au rendez-vous, dans la mesure où le Tachnag y règne en maître absolu.

Zahlé : bataille à 3 + 1
Dans la Békaa, où un total de 3 966 candidats se disputeront 1 938 sièges de conseillers municipaux, c'est bien entendu la bataille de la ville de Zahlé qui captera toutes les attentions.
Ici aussi, le général Aoun a été lâché par ses alliés, en l'occurrence l'ancien député Élie Skaff, qui a décidé de se lancer dans la bataille en solitaire. Il parraine une liste dont le principal slogan est de mettre la ville à l'abri de l'hégémonie des partis politiques, qu'ils soient du 14 ou du 8 Mars.
Ce faisant, M. Skaff cherche à se réapproprier le leadership de sa famille à Zahlé, mis à mal en juin dernier par une partie non négligeable de ses électeurs traditionnels qui avaient jugé que l'ex-député était allé trop loin dans son alliance avec le 8 Mars.
Mis au pied du mur, le général Aoun était confronté à un dilemme : ou bien s'opposer à M. Skaff en présentant une liste complète du CPL, ce qui aurait fait l'affaire du 14 Mars, ou bien se retirer des élections à Zahlé. Comme à Beyrouth, il a choisi d'entrer dans la bataille par la petite porte : il présente un seul candidat dans l'espoir de rallier autour de lui un maximum de suffrages, CPL et non CPL. Toutefois, il n'a pas donné de consigne de vote pour les vingt autres sièges.
Face à la liste parrainée par M. Skaff, et dirigée par Joseph Diab Maalouf, le 14 Mars présente une équipe dirigée par l'actuel président de la municipalité, Assaad Zgheib.
Mais il y a une troisième liste, conduite par Walid Choueiri, un ancien collaborateur du général Jamil Sayyed. Dans les milieux du 14 Mars, on soupçonne l'ex-directeur général de la Sûreté générale et les milieux prosyriens d'avoir créé cette liste de toutes pièces, en y adjoignant des membres supposés proches du 14 Mars, afin de peser sur les résultats et empêcher la liste de M. Zgheib d'emporter le scrutin.
Le général Sayyed a formellement démenti hier ces affirmations, mais des sources de la majorité insistent sur le fait que des réunions de coordination ont eu lieu ces jours derniers entre la liste de M. Choueiri et celle parrainée par Élie Skaff.
Dans la capitale, 157 candidats se disputeront les 24 sièges du conseil municipal, un chiffre assez pléthorique qui tend à montrer, contrairement à une idée reçue, que les jeux ne sont pas entièrement faits à ce niveau.Certes, en présence d'une seule liste complète, fruit d'un consensus entre le 14 Mars, le mouvement Amal et le Tachnag, il n'y aura pas à proprement parler de bataille pour la majorité des sièges de conseillers municipaux. Sur ce plan, le vainqueur est connu d'avance.En revanche, étant donné la pléthore de candidats et le vote capricieux - quoique souverain - des électeurs, des effets pervers ne sont pas à écarter pour ce qui est du respect de la parité islamo-chrétienne et...