Allant dans le même sens, d'autres commentateurs ont mis l'accent sur le fait que dans ces élections, ce sont les familles qui ont imposé leurs diktats aux formations politiques et non le contraire. De là le nombre important de configurations singulières faites d'alliances contre nature et de face-à-face entre militants d'une même formation.
Mais cette défaite de la politique n'est pas uniquement celle de la « grande » politique, elle est aussi et surtout celle des politiques de développement local, dans la mesure où ni les coalitions formées ici ou là ni les batailles qui se sont déroulées ailleurs ne concernaient des programmes de gestion municipale, mais bien plutôt les égos de tel ou tel candidat, de telle ou telle famille.
Mais la deuxième grande leçon de ce scrutin, c'est qu'à l'intérieur de la catégorie défaite, il y a une formation politique qui l'est bien davantage que toutes les autres : c'est incontestablement le CPL, qui ne parvient pas à colorier en orange la plupart des grandes municipalités de la région.
Mais avant de survoler les pronostics d'ores et déjà disponibles, et qui n'ont jusqu'ici rien d'officiel, il convient de souligner l'importance de la participation à ce scrutin, estimée par le ministre de l'Intérieur, Ziyad Baroud, à 59 %, chiffre très comparable aux 61 % des élections législatives de juin dernier.
Ce chiffre recouvre cependant de fortes disparités d'une région à l'autre, selon les enjeux et les batailles.
Le CPL peut se targuer d'avoir gagné des sièges dans les nombreuses localités où des listes de consensus se présentaient, comme à Jounieh, Dékouané, Jdeidé-Bauchrieh, Jal el-Dib, etc. Mais les autres formations, qu'elles soient issues du 14 Mars ou du 8 Mars, peuvent en dire autant.
En revanche, dans les grandes localités où des batailles plus ou moins claires, politiquement parlant, opposaient le Courant patriotique libre au 14 Mars, à des indépendants comme le député Michel Murr, ou à des coalitions des deux, l'échec du premier est patent, à l'exception notable de Hadeth, qui confirme son ancrage dans le giron aouniste.
La défaite de la formation du général Michel Aoun est la plus claire dans le caza de Jbeil, et tout d'abord dans son chef-lieu, lequel, de l'avis général, abritait « la mère de toutes les batailles du Mont-Liban ».
Selon la plupart des pronostics donnés en fin de soirée, y compris par l'agence officielle ANI, la liste conduite par Ziad Hawat, proche parent du président de la République et soutenu par les forces du 14 Mars, l'a emporté totalement sur celle dirigée par l'ancien ministre Jean-Louis Cardahi et qui avait reçu le parrainage du CPL.
Toutefois, se fondant sur le fait que le décompte officiel n'en était qu'à ses débuts, M. Cardahi refusait jusqu'à une heure tardive de concéder sa défaite.
Des batailles se déroulaient aussi à Qartaba, Akoura et dans d'autres villages proches de ces deux grosses bourgades, dans un secteur du caza de Jbeil connu pour être un fief du secrétaire général du 14 Mars, Farès Souhaid. À l'issue de ce scrutin, ce fief l'est toujours.
Au Kesrouan, où la liste de coalition conduite par Antoine Frem l'a emporté à Jounieh, la majorité des villages ont connu des scrutins paisibles, du fait des consensus qui y avaient été conclus, à l'exception notable de Zouk Mikael, où le CPL est battu par la liste Naufal.
Mais c'est au Metn que le courant aouniste subit ses plus graves revers, y compris dans des localités qui lui avaient donné une avance confortable aux dernières législatives. Sin el-Fil, la plus grosse bourgade du caza après Bourj Hammoud, reste dans l'escarcelle du 14 Mars, qui emporte aussi Antélias et Zalka.
À Beit Chabab, la liste parrainée par Michel Murr bat ses deux rivales et, à Beit-Méry, le duel des deux Moukheiber, opposant Élias, l'ex-candidat aux législatives de juin au député Ghassan, se termine à l'avantage du premier.
Le CPL recule en outre dans les hauteurs, notamment à Aïntoura et Mrouj. À Baskinta et Khenchara, deux localités qui avaient donné la majorité aux candidats aounistes en juin dernier, les résultats étaient encore trop serrés à l'heure d'aller sous presse.
Plus au sud, dans le caza de Baabda, le CPL échoue dans sa tentative de conquérir le conseil municipal de Hazmieh. Il en est de même à Deir el-Qamar, dans le Chouf.
Dans la banlieue sud de Beyrouth, des voix contestataires ont réussi à se faire entendre face au bulldozer formé par l'alliance Amal-Hezbollah.
À Ghobayré, une liste incomplète formée de personnalités indépendantes a pu se présenter face à la liste de l'alliance, ce qui, en soi, constitue une gageure.
Un résultat d'une incontestable importance symbolique a été enregistré au niveau des élections de moukhtars à Bourj Brajneh, où, sur quatre postes de moukhtars à pourvoir, le frère de l'ancien député Bassem Sabeh (Courant du futur) et un autre candidat allié ont réussi non seulement à se faire élire, mais aussi à se placer en tête de la course, les deux autres candidats, issus de l'alliance Hezbollah-Amal, arrivant assez loin derrière. Ce succès est d'autant plus remarquable que, parmi les deux derniers, figure le frère du député du Hezbollah Ali Ammar.
Une contestation est apparue aussi dans quelques villages druzes de la région d'Aley contre l'entente Walid Joumblatt-Talal Arslane, comme par exemple à Kfarmatta.


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