La coloration politique de la bataille de Jbeil-ville a été accentuée par la visite que le général Michel Aoun a rendue, samedi, à Jean-Louis Cardahi, ancien président de la municipalité de Jbeil (1998-2001), poste dont il a démissionné quand il a été nommé ministre.
Dans certains milieux politiques, cette bataille a été décrite comme étant « celle des deux généraux », le général Michel Aoun et le chef de l'État, ancien commandant en chef de l'armée, une espèce de « match-retour » des législatives de 2009. Ce raccourci n'est pas faux, sans être vrai à 100 %. Certes, le chef de l'État a dit et redit être à égale distance de tous les candidats, et M. Cardahi a courtoisement endossé publiquement cette formule, mais dans son entourage on assurait que la réalité a démenti cette affirmation.
Le facteur « gendre »
Selon des proches, les affinités familiales et politiques se sont bel et bien établies entre les cercles du pouvoir et la liste rivale, du fait que Nabil Hawat, le frère de Ziad Hawat, tête de cette liste, n'est autre que le gendre du chef de l'État. Par ailleurs, ces milieux n'ont pu taire les pressions exercées sur les candidats chiite et sunnite de la liste par des personnes politiquement proches des cercles du pouvoir, pour les amener à se retirer de la liste ou de la machine électorale. Ces candidats, employés dans des établissements bancaires, ont été menacés de perdre leur emploi, assure-t-on.
D'autres accusations ont fusé hier de part et d'autre, où l'on s'est accusé réciproquement d'acheter des voix. Une discussion a également opposé le député CPL - et crypto-Hezbollah - Abbas Hachem à Jean Hawat, sur la présence du premier dans un bureau de vote.
Indépendamment de tout, Cardahi reproche en fait à Ziad Hawat de s'être porté candidat sans en référer à quiconque, et juge que l'homme n'a pas la maturité suffisante pour gérer une agglomération de l'importance de Jbeil, avec ses 40 000 habitants et son importance touristique, patrimoniale, académique et même industrielle.
En face, le son de cloche est bien différent. Négociant en bois longtemps présent en Irak, Ziad Hawat, avec la superbe de ses 36 ans et fort d'un capital politique traditionnel Bloc national et Kataëb, assure qu'il n'a besoin de l'autorisation de personne pour se présenter aux élections municipales. De fait, le « fossé des générations » est perceptible entre les deux hommes, ainsi qu'une différence de tempérament qui rend toute esquisse de rapprochement inutile.
Le scrutin de Jbeil s'avérait « très serré, très rude » aux dires de tous hier soir. Ceci étant, la question qui se pose est celle de la coopération qui devrait éventuellement s'instaurer entre les membres des deux listes, si aucune d'entre elles n'est élue au complet. Pour l'ancien ministre, en tout cas, la chose est claire : « C'est un vote de confiance. Jean-Louis Cardahi ne s'est pas porté candidat pour être membre d'un conseil municipal présidé par Ziad Hawat. »
Exutoire
En tout état de cause, la bataille de Jbeil est apparue comme l'exutoire de la bataille tronquée de Amchit, où par respect pour le chef de l'État un accord contre-nature a été conclu entre les camps rivaux Forces libanaises et Kataëb d'une part, CPL d'autre part, sur la reconduction du mandat d'Antoine Issa. La liste a quand même dû livrer bataille - une bataille plutôt facile - contre une liste rivale formée par toutes les familles laissées pour compte de la ville. Mais on ricanait hier sur ses chances de fonctionner, et l'on pariait qu'elle ne parviendrait même pas à s'entendre sur la couleur des bennes à ordures.
Jbeil, c'était aussi hier la bataille pour la petite ville de Kartaba, fief politique de Farès Souhaid, secrétaire général du 14 Mars. Face à Fady Martinos et à sa liste, le CPL n'a pas hésité à présenter une liste rivale, présidée par le Dr Antoine Karam. À Kartaba, l'expérience aidant, le souci principal de Farès Souhaid était hier d'assurer un taux de participation maximal, qui garantirait l'élection de sa liste.
Le village pour ainsi dire « jumeau » de Kartaba, Akoura, a été acculé, à la dernière minute, à une bataille, après l'échec d'une liste de coalition. Avec le résultat prévisible d'un surcroît de divisions familiales, contre lesquelles le CPL n'a apparemment aucune objection, et un taux réduit de participation.
De la configuration des batailles, d'autres leçons peuvent être tirées. Ainsi, dans des villages mixtes composés de chiites et de maronites, comme Hsoun et Mechen, les candidats chrétiens ont fini par se retirer des listes formées par le Hezbollah, ce qui a contribué à de très faibles taux de participation (35 %).
À Afqa, une rixe entre des représentants d'Amal et du Hezbollah a provoqué la suspension, une demi-heure durant, des opérations de vote. Seul un village mixte, Mgheyré, a tenu à respecter le principe de convivialité, qui veut que chrétiens et musulmans figurent sur les mêmes listes, même si la majorité de l'électorat est musulmane.


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