L’Expo universelle de Shanghai a été inaugurée hier dans un impressionnant festival pyrotechnique. Stringer/Reuters
Elle s'est déroulée en deux temps : un spectacle avec danseurs et chanteurs - dont deux enfants tibétains orphelins depuis le récent séisme au Qinghai (Nord-Ouest) - dans la plus grande salle de concert du monde, en présence d'une vingtaine de chefs d'État et de gouvernement et de milliers de spectateurs, puis un show multimédia en extérieur. Cette deuxième partie, avec pour décor le site naturel du Huangpu, le long du site de l'Expo, a été spectaculaire, sans pour autant rivaliser en souffle avec la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin qui avait ébahi la planète.
Des lasers, des feux d'artifice, un écran LED gigantesque et des jeux d'eau ont illuminé le paysage. Quelque 16 000 petits ballons rouges, lâchés sur l'eau, ont formé un tapis rouge, ouvrant la voie à une parade de bateaux portant les drapeaux des pays participants.
Sur le Bund, promenade mythique située en aval du fleuve, des milliers de personnes s'étaient rassemblées pour apercevoir les lumières du spectacle. À partir de ce matin, le public pourra commencer à déferler et visiter les pavillons de cette Expo de tous les records : taille du site (plus de 5 km2), nombre de pays participants (189) et de visiteurs (jusqu'à 100 millions).
Le président français Nicolas Sarkozy, qui a achevé à Shanghai, avec son épouse Carla, une visite d'État de la réconciliation en Chine, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, venu malgré la crise grecque, et plusieurs chefs d'État africains, dont le congolais Denis Sassou Nguesso et le gabonais Ali Bongo Ondimba, ont assisté à l'ouverture. Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le Premier ministre des Pays-Bas Jan Peter Balkenende, et le numéro deux nord-coréen, Kim Yong-Nam, étaient également à Shanghai.
La Chine, qui a retrouvé sa superbe, compte faire de l'expo la vitrine de sa puissance, tandis que Shanghai, après des années de préparation et quelque 40 milliards d'euros d'investissements, selon les médias, assoit encore son image de ville ambitieuse et ouverte sur le monde.
Mais le défi est de taille, notamment pour assurer la sécurité sur six mois d'affilée et pour jusqu'à 100 millions de visiteurs, à 95 % chinois. Un public qui semble acquis d'avance après avoir été matraqué par une intense propagande par les médias depuis des mois.
Au total, 189 pays de tous les continents et 57 organisations s'exposent, avec des pavillons pour lesquels les architectes internationaux et chinois se sont lâchés et dont certains battent des records d'audace, tel celui de la Grande-Bretagne avec ses tiges d'acrylique qui s'agitent avec le vent et captent la lumière.
Mais c'est bien le pavillon de la Chine, avec sa masse imposante et son toit en pyramide inversé rouge, qui domine tout le site.
Dans l'après-midi, M. Sarkozy avait inauguré le pavillon français, consacré à la « ville sensuelle », où la France se présente comme le pays de la culture et du romantisme et où elle organisera des mariages.
Avec le thème « Meilleure vie, Meilleure ville », l'Expo de Shanghai met en valeur une civilisation urbaine à l'heure du développement durable dans laquelle les technologies vertes sont en valeur : panneaux solaires, récupération des eaux de pluie et transports électriques. Mais si l'ambiance était à « l'harmonie », les organisations des droits de l'homme ont dénoncé la mise au silence des dissidents. Pour qu'ils ne gâchent pas la fête. « Les responsables de l'Expo de Shanghai devraient avoir à l'esprit que beaucoup de gens se souviennent des Jeux de Pékin pour les nombreuses arrestations de manifestants pacifiques et de journalistes plutôt que pour les performances des athlètes », a déclaré Sophie Richardson de Human Rights Watch Asie.
Certains Chinois se demandent aussi pourquoi leur pays, en proie à un creusement des inégalités ou à d'importants problèmes environnementaux, a choisi de consacrer tant d'argent pour un événement qui n'a pas le lustre des Jeux olympiques. Malgré le « matraquage » des médias chinois sur la grandeur annoncée de l'événement, tout le monde à Shanghai ne semble pas encore bien au courant de ce qu'est une Exposition universelle. « Un vigile m'a dit l'autre jour que l'Expo n'avait lieu que tous les 150 ans, c'est vrai ? » s'interroge Xiao Xiong, une femme de ménage venue de Chongqing, dans le sud-ouest du pays.

