Les débordements « à l’ukrainienne » – bagarres entre députés au sein du Parlement – redoutés par certains n’ont pas eu lieu hier au Parlement belge.Thierry Roge/Reuters
Tous les partis flamands ont une nouvelle fois menacé, à la mi-journée, en l'absence de solution négociée sur BHV, de voter dans l'après-midi à la Chambre, où ils sont majoritaires, une proposition de loi de scission de l'arrondissement électoral sans compensation pour les francophones. Un tel vote a déjà eu lieu en commission de l'Intérieur en novembre 2007. Sa confirmation en séance plénière aurait été une première pour le pays. Le geste serait considéré par les francophones comme une déclaration de guerre et une rupture d'un pacte implicite national qui interdit à la majorité flamande (60 % des 10,5 millions de Belges sont néerlandophones) de profiter de son poids démographique pour imposer ses vues à la minorité francophone. Côté flamand, on estime qu'il est temps de trancher au vu de l'obstruction francophone. Et à l'approche des élections anticipées, l'atmosphère n'est plus aux compromis.
Les partis francophones ont donc utilisé une procédure exceptionnelle, dite de la « sonnette d'alarme », permettant de reporter d'un mois le vote d'une législation portant atteinte aux intérêts vitaux d'une communauté linguistique. « On ne peut pas subir systématiquement des agressions, c'est de nouveau une menace d'une décision unilatérale d'un groupe linguistique face à l'autre », a déclaré le président du Parti libéral francophone (MR) Didier Reynders, également ministre des Finances.
Le président de la Chambre des députés a donc annoncé en séance le dépôt du recours francophone. Quelques cris « Démocratie » ont fusé des rangs du parti d'extrême droite Vlaams Belang lorsque sa demande de prise de parole a été repoussée. Les autres partis flamands n'ont en revanche pas bronché. La limitation des droits linguistiques des francophones est devenue emblématique pour les partis flamands. Ils estiment qu'une scission du district de BHV, situé à cheval sur la Flandre et de Bruxelles - ville très majoritairement francophone -, permettrait d'enrayer la « francisation » de leur région. Mais les francophones réclament des compensations, avec au moins le maintien des droits électoraux spéciaux pour les quelque 65 000 des leurs vivant dans les communes les plus proches de Bruxelles, ou le droit de gérer eux-mêmes des écoles ou des bibliothèques en Flandre. À présent, le Parlement devrait s'autodissoudre la semaine prochaine, ce qui ouvrira la voie à la convocation d'élections anticipées, probablement le 13 juin, puis au difficile exercice de la formation d'un nouveau gouvernement. Une chose paraît déjà probable : le pays devrait entamer sa présidence de l'UE le 1er juillet, sans véritable Premier ministre.

