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Liban - Éclairage

Une pomme de discorde, l’abolition du confessionnalisme politique

À son départ pour Rome, le patriarche Sfeir, prié de commenter la relance par le président Nabih Berry, avec une insistance marquée, de sa proposition d'enclencher l'abolition du confessionnalisme politique prévue dans Taëf, a répondu : « Pourquoi s'en tenir là et ne pas abolir le confessionnalisme tout court ? » C'est-à-dire pourquoi, tant qu'à y faire, ne pas établir un système totalement laïc, sans plus de partage entre les communautés, ni au niveau des sièges parlementaires ou ministériels, ni à celui des postes de l'administration et tutti quanti. Ce qui, incidemment, annulerait en même temps cette trouvaille de la gouvernance par consensus obligatoire établie à Doha, qui gomme elle-même le principe démocratique voulant qu'il y ait une majorité qui gouverne et une minorité qui s'oppose. En imposant, en outre, que toute décision soit prise à l'amiable, en Conseil des ministres, sans recours au vote, autre passage obligé de la vraie démocratie.
Aucun pôle opposant n'a répondu au patriarche. Sauf que le président Berry y voit une raison de plus pour mettre en branle la formation du comité national censé traiter de l'abolition du confessionnalisme politique. Une initiative que les loyalistes attribuent à de pressants conseils syriens. Entrant certes dans le cadre du plan stratégique visant à tout faire pour bloquer l'émergence d'un État libanais digne de ce nom. Mais aussi, dans le but plus ponctuel de faire pression sur Bkerké et sur les FL, qui tiennent tête aux visées syriennes de come-back, comme sur toutes les composantes du pays politique qui rêvent d'un Liban indépendant. Pour les majoritaires, la proposition Berry est empoisonnée car elle risque de provoquer un surcroît de divisions néfastes dans un pays déjà déchiré. En suscitant un nouveau clivage puisque, à part les souverainistes, de larges pans de la rue sunnite ou druze y sont opposés, tandis que chez les chrétiens, les aounistes se mettent, sur ce sujet précis, sur la même longueur d'onde que leurs rivaux FL ou Kataëb. En fait, toutes ces parties observent que l'abolition du confessionnalisme politique nécessite beaucoup de préparation. Et de remarquer, en passant, que son promoteur n'a rien fait pour la promouvoir au sein de l'appareil administratif de l'institution qu'il dirige où il favorise de manière flagrante les disparités communautaires.
Parallèlement, un magistrat, membre du comité de Modernisation des lois, signale que le président de cette instance, le député Robert Ghanem, qui dirige également la commission parlementaire de l'Administration et de la Justice, relève que pour accomplir Taëf, il faut encore mettre un Sénat en place. Une mesure incontournable si l'on veut abolir le confessionnalisme politique. Mais certains participants ont objecté que la création d'un Sénat, dans la situation actuelle serait contraire au pacte national établi à Taëf. Dans ce sens qu'elle ne peut intervenir qu'après, et non avant, l'abolition du confessionnalisme politique. En effet, on lit au paragraphe 7 du chapitre consacré aux réformes institutionnelles que « lors de la mise en place du premier Parlement élu sur une base nationale non confessionnelle, on créera un Sénat au sein duquel toutes les familles spirituelles seront représentées et qui connaîtra uniquement des questions cruciales concernant le pays ».
Retour à Berry. Nombre d'observateurs soulignent qu'il opère manifestement dans un cadre de perturbation orchestrée puisqu'il est le mieux placé pour savoir qu'il y a beaucoup plus urgent qu'un projet d'aussi longue haleine que l'abolition du confessionnalisme politique. Ne serait-ce, pour ce qui concerne ce Taëf dont il se réclame, que des dispositions extrêmement nécessaires qui restent encore lettre morte, comme la décentralisation administrative. De plus, si le président Berry est si sourcilleux d'orthodoxie « taëfienne », il est également le mieux placé pour remarquer que le pacte fixe « à 108 sièges, répartis à égalité entre chrétiens et musulmans », le nombre de députés, et non à 128, comme c'est le cas actuellement.
Enfin et surtout, avant que de songer à abolir le confessionnalisme politique, il faudrait corriger les défauts frappants de Taëf et en combler les failles. Des erreurs et des lacunes que les législateurs reconnaissent eux-mêmes, en rappelant qu'ils avaient œuvré dans la hâte pour faire taire le canon.
Pour conclure, il paraît évident, aux yeux des loyalistes et de nombre d'indépendants, que les prosyriens se répartissent les rôles pour tout contrer. Et avant tout, pour mieux neutraliser tout débat sur l'armement du Hezbollah, moyen de pression idéal. Ce qui risque de provoquer le torpillage du processus de dialogue national.
À son départ pour Rome, le patriarche Sfeir, prié de commenter la relance par le président Nabih Berry, avec une insistance marquée, de sa proposition d'enclencher l'abolition du confessionnalisme politique prévue dans Taëf, a répondu : « Pourquoi s'en tenir là et ne pas abolir le confessionnalisme tout court ? » C'est-à-dire pourquoi, tant qu'à y faire, ne pas établir un système totalement laïc, sans plus de partage entre les communautés, ni au niveau des sièges parlementaires ou ministériels, ni à celui des postes de l'administration et tutti quanti. Ce qui, incidemment, annulerait en même temps cette trouvaille de la gouvernance par consensus obligatoire établie à...
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