La chancelière Angela Merkel a salué à son tour la semaine dernière, dans une intervention devant le Bundestag, la « bravoure » des soldats en Afghanistan qui vivent « dans la peur d'être tués ou blessés pour que les Allemands n'aient pas à craindre d'attentats terroristes sur leur sol ». Elle a justifié l'engagement dans les montagnes d'Afghanistan, qui a déjà coûté la vie à 43 soldats, par la crainte de voir des armes nucléaires tomber aux mains des extrémistes en cas de victoire des talibans.
L'armée allemande participe depuis la réunification du pays en 1990 à des missions de maintien de la paix de plus en plus nombreuses, du Kosovo aux côtes du Liban, mais l'Afghanistan est son premier théâtre de combat. Et l'Allemagne, dévastée par la défaite du Reich hitlérien, garde une aversion profonde pour la guerre. L'armée fédérale, la Bundeswehr, n'a été créée en 1955 qu'à la demande des Alliés qui jugeaient en avoir besoin dans la guerre froide, et malgré un mouvement populaire - « Ohne mich » (sans moi) - qui jugeait le réarmement immoral.
Depuis, les Allemands ont été à la pointe des mouvements pacifistes en Europe, manifestant contre la guerre du Vietnam ou l'intervention américaine en Irak. Ils sont aujourd'hui 70 % à souhaiter le retrait des troupes d'Afghanistan, selon un sondage de l'institut Infratest Dimap. L'engagement en Afghanistan, où la Bundeswehr sert depuis 2002, a longtemps été qualifié de « mission de stabilisation ». L'euphémisme permettait d'entretenir l'idée que les militaires étaient là pour reconstruire des écoles et creuser des puits, mais pas pour se battre.
Le gouvernement Merkel a longtemps été accusé de ne pas suffisamment expliquer à la population la nécessité de cette guerre. Le franc-parler du ministre de la Défense et le discours de la chancelière ont été salués comme courageux par les éditorialistes. Mais s'ils ont changé les termes du débat, rien ne dit qu'ils parviendront à renverser l'opinion publique.

