Par instants, les femmes jettent les livres, font voler les papiers...(DR)
Un humour décalé
Si elle a reçu une formation classique, Maria La Ribot a su néanmoins bouleverser les codes de la danse et de l'art chorégraphique, et briser les carcans pour s'inventer un monde nouveau. D'abord en Espagne puis en Europe. Pour cette artiste espagnole (atypique) installée en Grande-Bretagne pendant dix ans et désormais en Suisse, ses travaux sont une perpétuelle recherche de l'art conceptuel. Un art hybride qui se nourrit des différentes disciplines artistiques contemporaines et naît souvent d'une idée pour se répandre en différentes formes.
Ne pas essayer de trouver un message ni de réagir avec des a priori, mais se laisser emporter par cette création et cet univers ludique. Car la suite du spectacle est encore plus drôle, plus excentrique, plus déjantée. Trois femmes s'installent devant une grande table recouverte d'objets divers qu'on a aperçus au préalable dans le film (trompette, revolver, gâteau aux fraises, ou posters et livres).
Marie-Caroline Hominal (danseuse régulière de la compagnie de Gilles Jobin) et Delphine Rosay entourent la chorégraphe madrilène. Leurs mouvements au ralenti, leurs lectures à haute voix de textes absurdes sans lien aucun, leurs chutes et faux pas (chères à La Ribot) finissent par installer une complicité qu'on a quand même devinée auparavant. Par instants, les femmes jettent les livres, font voler les papiers avec une nonchalance hilarante, décident de sortir mais retournent sur leurs pas. Il ne faut pas chercher à comprendre le pourquoi de leurs gestes ou leur finalité, mais le comment. Car ces actions plus qu'ordinaires et qui n'ont rien de spectaculaire, ces chuchotements et ces regards toisés ne sont finalement que gestes chorégraphiés et élaborés avec justesse et précision. Le va-et-vient des danseuses perchées sur leurs hauts talons fait penser à cette phrase tirée de l'œuvre de François Truffaut L'homme qui aimait les femmes : «Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie.» Ce soir, les jambes de ces trois artistes féminines ont tracé comme un arc de cercle entre les diverses figures d'art. Un tracé servi avec humour et dérision.


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