L’artiste devant une de ses histoires universelles chez Rochane. (Michel Sayegh)
Des tableaux sobres, architecturés, élaborés en techniques mixtes, dans une palette de couleurs terre, qui proposent aux visiteurs des voyages autour de l'écrit.
Des toiles qui «parlent» de livres, de journaux, de transmission de l'information «envers et contre toute censure ou tout régime de la pensée unique». Autant de sujets «graves» que cet artiste concerné par l'état du monde, «les questions d'éthique et de valeurs», traite de manière totalement inédite. Et absolument esthétique!
Si l'objectif de Marc Ash est de «raconter, à travers (ses) tableaux, quelque chose de fort, de susciter des interrogations, des étonnements et des émotions», son langage reste celui d'un plasticien.
Un «matiériste», comme il se définit lui-même, qui peint sans pinceaux, préférant élaborer ses œuvres picturales avec un mélange de matières et de techniques, fruits de ses propres expérimentations, dans son «atelier-laboratoire».
Un laboratoire où il compose sa pâte à base de poudre de marbre, qu'il étale ensuite sur la toile, par couches successives travaillées de différentes manières pour obtenir divers effets de matière. Une matière dense qui donne, en fonction de la lumière et de l'éclairage, de la vie, du relief et du mouvement à ses tableaux.
Et une matière qu'il mélange à sa palette de pigments naturels, sable, ambre, safran, rouille, comme aussi aux déclinaisons de blancs et de noirs, pour une peinture aux couleurs de la terre...
Une matière qu'il associe enfin à des matériaux et des techniques divers, allant du noircissement des pages d'un roman à la flamme d'une bougie (pour former des auréoles évoquant celles des troncs d'arbre), à l'insertion de feuilles froissées de journaux dans des boitiers en plexiglas collés à la toile, pour dénoncer la censure et son inutilité, ou encore la compression et l'oxydation de boîtes métalliques, évoquant la désagrégation des choses et des valeurs...
Cette perte des repères et des valeurs, l'artiste l'évoque avec beaucoup de finesse et de dérision dans Les codes se barrent, la pièce maîtresse de cet accrochage. Une grande toile composée d' extraits de livres jaunis collés sur des lattes de bois, elles-mêmes disposées sur la toile - enduite de poudre de marbre - à la manière d'un code-barres, symbole par excellence de nos sociétés de consommation !
Des sociétés qui ne connaissent pas la force culturelle de la récupération. Celle des pièces jetées aux rebus, ces plaquettes métalliques rondes, rectangulaires ou octogonales, ces vis, ces écrous, ces éléments d'horlogerie ou de mécanique que Marc Ash ramasse et insère dans son travail pour leur donner une nouvelle vie, les recréer en personnages de tableaux. Et en faire une série de petits portraits de sympathiques humanoïdes... Futurs descendants de l'histoire universelle?
* Rue Saïd Akl, Saifi Village. Horaires d'ouverture : de 10h à 13h30 et de 15h30 à 18h.
Samedi de 10h à 13h30. Tél. 01/972238.

