Hamadé n'était pas, ce soir-là, le seul à faire des prouesses relevant du grand écart. Le ministre Ibrahim Najjar, les députés Georges Adwane et Antoine Zahra, membres du bloc parlementaire des Forces libanaises, le député Kataëb Fadi Habre, le député Mohammad Kabbani et bien d'autres avaient fait le déplacement dans un climat de retrouvailles assez détendu. Habre a d'ailleurs bien précisé aux journalistes qu'il était là en tant que représentant du président Amine Gemayel et que sa présence était destinée à confirmer l'importance des bonnes relations entre le Liban et la Syrie.
Le début de la réception était fixé à 19 heures, mais les invités ont commencé à affluer avant le rendez-vous officiel et à 20h30, ils continuaient encore à arriver. Walid Joumblatt, venu à la tête d'une importante délégation comprenant son épouse Nora, mais aussi le vice-président de son parti Doreid Yaghi, les ministres Ghazi Aridi et Waël Bou Faour et des cadres du parti, a fait la file un peu comme tout le monde, alors que la délégation du Hezbollah, présidée par Mohammad Raad, a eu droit à « une voie de passage militaire » par la seconde porte, privilège de la résistance oblige... Le président de la Chambre Nabih Berry, venu en personne, ce qui est rare dans une réception diplomatique où en général les responsables envoient des représentants, est entré, lui, par la porte arrière. Le chef de l'État s'était fait représenter par le ministre des AE Ali Chami, à peine rentré de Téhéran, et le Premier ministre avait envoyé l'ancien ministre Adnane Kassar pour le représenter. Le ministre de l'Intérieur Ziyad Baroud ne représentait que lui-même et il était très sollicité par les invités désireux de s'informer des mesures prises pour l'organisation des élections municipales. Le commandement de l'armée et celui des FSI avaient aussi envoyé des représentants, alors que les diplomates occidentaux étaient présents en grand nombre. Pour ne citer que quelques-uns, les ambassadeurs d'Espagne, de Belgique, de Roumanie et de Grèce, sans oublier l'ambassadeur de Chine et celui d'Égypte. Il était en tout cas impossible d'apercevoir tout le monde, tant les invités étaient nombreux. Vedette des journalistes, l'ancien ministre Michel Samaha commentait la situation, alors que le député Walid Khoury préférait évoquer les municipales et l'accord conclu à Amchit qui a permis d'éviter une bataille qui aurait fait du mal à toutes les parties concernées.
Alors que les boissons alcoolisées circulaient à gogo et que les invités se régalaient de « barazis », une délégation d'ulémas sunnites s'est retirée dans un coin de la grande salle pour faire la prière du soir. Bref, ce soir-là, au BIEL, c'était le Liban dans toute sa diversité qui a choisi de célébrer la fête nationale syrienne, pour la première fois d'une façon aussi officielle et conviviale. C'est d'ailleurs la première fois qu'une réception diplomatique attire autant de monde, appartenant à tous les bords politiques et confessionnels. Outre les traditionnels alliés des Syriens, il y avait donc les nouveaux et ceux qui ne le sont pas encore ou même qui ne le seront jamais. Il y avait aussi des journalistes qui n'avaient pas épargné la Syrie au cours des dernières années, mais aussi des hommes de lettres et des artistes comme Wadih Safi et Ragheb Alamé... À l'heure où la délégation « technique » libanaise poursuit ses entretiens préparatoires avec ses partenaires syriens, la réception du BIEL pourrait être le symbole d'une nouvelle page dans les relations libano-syriennes sous le signe du respect mutuel. À moins qu'elle ne soit un retour vers le passé avec les « nostalgiques de la tutelle », mais une tutelle new look...

