Selon les experts, l'Iran disposerait, grâce à ses centrifugeuses, de près de deux tonnes d'uranium faiblement enrichi. Les faire tourner à plein régime a des conséquences sur la fatigue des matériaux, surtout si ces derniers ne sont pas très modernes. C'est là que les services de renseignements entrent en scène. Grâce à leur travail, une liste des filières d'approvisionnement et de produits indispensables à la production industrielle iranienne a été identifiée. Parfois, ces produits à double usage, civil et militaire, sont achetés à l'étranger, et il est possible d'en altérer la qualité. « Par exemple, un certain type de graisse est nécessaire pour telle application. Elle est livrée, et six mois plus tard, elle commence à attaquer le matériau sur lequel elle est mise », raconte un spécialiste du dossier souhaitant ne pas être identifié. « Ça se fait », confirme Jean-Pierre Maulny, expert à Paris de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), en évoquant « L'Arrangement de Wassenaar ». Cet organisme créé en 1995 et basé à Vienne permet à ses 35 pays membres de surveiller les demandes d'importation d'un État ainsi que les refus qui y sont associés. Et d'agir en conséquence.
La révélation à l'automne de l'existence d'un site d'enrichissement secret dans une montagne près de Qom - qui aurait été découvert par des espions français - a porté incontestablement un coup majeur au programme iranien. Elle a en outre permis de rallier la Russie à l'idée de nouvelles sanctions. Où sont fabriquées les centrifugeuses iraniennes ? Où sont celles qui devaient être installées à Qom ? Où sont les employés qui travaillaient sur ces centrifugeuses ? Y a-t-il d'autres sites secrets en Iran ? Autant de questions pour les services de renseignements qui peuvent déboucher sur des actions de déstabilisation, voire de sabotage.
Des interventions sont aussi possibles auprès de ceux qui participeraient au programme nucléaire iranien. En janvier, Massoud Ali Mohammadi, 50 ans, professeur de physique nucléaire à l'université de Téhéran, a été tué par l'explosion commandée à distance d'une moto piégée alors qu'il quittait son domicile à Téhéran. Cet attentat a été attribué par Téhéran aux services de renseignements américains (CIA) et israéliens (Mossad). Un autre physicien nucléaire iranien, Shahram Amiri, a disparu pour sa part en juin 2009 en Arabie saoudite. Selon des médias américains, il a fait défection et collabore aujourd'hui avec la CIA.

