Le président, accusé de népotisme et de dérive autoritaire, a fui après des tirs des forces de l'ordre sur une foule d'opposants qui tentait d'entrer en force dans le siège de la présidence. Ces violences ont fait 82 morts et plus de 1 600 blessés, selon un dernier bilan officiel.
La chef du gouvernement provisoire, Rosa Otounbaïeva, a pour sa part jugé « exagérés » les propos hier de ses adjoints qui annonçaient une « opération spéciale » pour arrêter M. Bakiev. « Nous cherchons les moyens de sortir de cette situation. Nous n'allons pas permettre qu'il y ait de nouvelles victimes, sinon elles seront sur notre conscience », a-t-elle dit. « Nous réfléchissons à quoi lui donner en échange » de sa démission, a-t-elle ajouté, alors que les autorités craignent que M. Bakiev ne tente de reprendre le pouvoir en armant son bastion dans le sud de l'ex-république soviétique d'Asie centrale.
Les relations entre le nord du Kirghizistan, au cœur de la révolte de la semaine dernière, et le sud du pays, d'où vient le président déchu, sont traditionnellement tendues, laissant craindre de nouvelles violences, voire une guerre civile, selon des analystes. La stabilité du Kirghizistan est un enjeu majeur pour l'Asie centrale, d'autant que les États-Unis y disposent d'une base aérienne clé pour déployer leurs troupes en Afghanistan, que la Russie voit d'un mauvais œil, cette région du monde étant sa zone d'influence historique. C'est d'ailleurs à Moscou que le numéro deux du gouvernement, Almazbek Atambaïev, est allé demander une aide économique d'urgence la semaine dernière, alors que le pays est au bord de la faillite. « La Russie fera un don et livrera aussi au pays des produits pétroliers sans interruption », a déclaré M. Atambaïev.
Selon le gouvernement provisoire, les caisses de l'État ont été vidées par l'entourage de M. Bakiev, ne laissant que 16 millions d'euros aux nouvelles autorités. Il a aussi assuré que les autorités russes n'avaient pas conditionné une aide à la fermeture de la base américaine, alors même que Moscou entretenait des relations très tendues avec M. Bakiev depuis qu'il était revenu sur sa promesse de fermer ce centre de transit vers l'Afghanistan. L'ambassade américaine à Bichkek a pour sa part indiqué qu'elle ne servirait pas d'abri au président déchu.

