« La démocratisation du régime n'est plus un enjeu, affirme, dans une entrevue avec L'Orient-Le Jour, Roland Marchal, spécialiste du Soudan à Sciences po Paris. Plus que la victoire probable du raïs soudanais, au pouvoir depuis 20 ans, c'est son score qui sera déterminant pour analyser son soutien populaire. » Le président soudanais, sous le coup depuis 2009 d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour, a déployé les grands moyens pour répondre à la CPI par un fort appui populaire. « Omar el-Béchir considère ce scrutin comme une occasion pour lever la pression de la CPI et asseoir sa légitimité tant sur la scène nationale qu'internationale », renchérit Marc Lavergne, directeur de recherche au Centre d'études et de documentation économiques, juridiques et sociales (CEDEJ), au Caire. « Ces élections sont un grand spectacle de Béchir contre la CPI, il s'agit d'un "one man show" », a également affirmé à l'AFP Yasser Arman qui, en tant que représentant des ex-rebelles sudistes du SPLM, était le principal rival du président Béchir jusqu'au retrait de sa candidature.
« La réélection de Béchir avec un bon score et dans de bonnes conditions, c'est-à-dire acceptées par la communauté internationale, signifierait un appui populaire à la politique qu'il a menée au Darfour. Ce serait la légitimité du vote contre celle de la CPI », souligne M. Marchal.
Mais pour que le scrutin soit accepté par la communauté internationale, il faut qu'il soit crédible. Or, le scrutin étant boycotté par une partie de l'opposition qui dénonce déjà des fraudes, plusieurs organisations internationales ont mis en doute la possibilité d'élections « justes » et « libres ». Dans un rapport publié fin mars, l'International Crisis Group (ICG) affirme ainsi que le vainqueur du scrutin « manquera de légitimité ». Le Parti du congrès national du président Béchir a « manipulé » le recensement et l'enregistrement des électeurs sur les listes, a rédigé à son avantage la loi électorale, dessiné à sa guise les circonscriptions, coopté des leaders traditionnels et acheté les loyautés tribales, souligne encore l'ICG. De son côté, Human Rights Watch fait état de « répression politique » et de « violations » des droits fondamentaux au Soudan. « Le gouvernement soudanais avait plusieurs années pour préparer le terrain en vue d'élections justes et crédibles, relève M. Lavergne. L'opposition savait dès le départ qu'elle n'avait aucune chance de vaincre Béchir et c'est pour cette raison que la plupart des partis ont retiré leurs candidats. »
Les élections qui ont commencé hier avaient été plusieurs fois reportées. Un scrutin a bien eu lieu en 1996, mais un seul parti était représenté. Quant aux élections de 2000, elles avaient été boycottées par la plupart des partis d'opposition.
« Une fois de plus, l'opposition a manqué cette année une belle occasion de faire évoluer le régime, estime Roland Marchal. Sa participation au scrutin aurait permis d'améliorer les conditions des élections et d'accroître la possibilité d'un vote plus démocratique. » Selon le spécialiste, la grande faiblesse de l'opposition réside dans le fait qu'elle est « divisée et n'a donc pas pu se mettre d'accord sur le nom d'un candidat capable de rivaliser avec Béchir ».
Hormis la présidentielle, les Soudanais sont appelés à choisir les députés de l'Assemblée nationale, les gouverneurs des États et les élus des assemblées régionales. Au Sud-Soudan semi-autonome, les électeurs voteront aussi pour le président du gouvernement de cette région et les députés de l'Assemblée sud-soudanaise. « Des surprises pourraient toujours survenir aux législatives, estime M. Lavergne. Des marchandages pourraient certainement avoir lieu entre l'opposition et le pouvoir, tant la carte politique du plus grand pays d'Afrique est complexe. »


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