Au lancement de l’événement à la FIAF. (Matthieu Raffard)
multiculturalisme».
«À la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles, c'est cela mon identité...» C'est ainsi que se définit l'écrivain franco-libanais Amine Maalouf. C'est cela aussi l'identité de la diaspora libanaise éclatée de par le monde. La puissante interaction entre la mémoire et la vie dans de nouvelles sociétés a modelé la créativité d'importants réalisateurs et artistes libanais contemporains, tels que Joana Hadjithomas, Khalil Joreige et Walid Raad. C'est ce brassage culturel et cette identité particulière qui seront au centre des nombreuses manifestations qui se tiendront en mai au FIAF, au Film Society of Lincoln Center et dans le cadre du Festival annuel de littérature organisé dans différents lieux de New York, du 26 avril au 2 mai, par le PEN World Voices Festival of International Literature, dirigé par Caro Llewenly.
Création contemporaine libanaise
Quel en est l'objectif ? «La raison pour laquelle nous avons décidé de travailler autour d'artistes libanais est liée au fait qu'il y a une actualité très importante sur la création contemporaine libanaise. De nombreux artistes d'origine libanaise, éparpillés dans le monde, créent un travail extraordinaire», relève Lili Chopra, directrice artistique pour l'ensemble du programme de la FIAF, lors d'un entretien accordé à L'Orient-Le Jour à New York. Mme Chopra, qui a initié et fondé la série «World Nomads» avec la présidente de la FIAF, Marie-Monique Steckel, note aussi qu'«en tant qu'institution culturelle essentiellement dédiée à la France et aux pays francophones à New York, il me semblait important de pouvoir être le miroir du multiculturalisme que l'on retrouve à New York. Cette série, qui a démarré en 2008 autour de la thématique du "multiculturalisme" axée sur l'Afrique de l'Ouest, a été suivie en 2009 par une grande célébration sur Haïti. Cette année, ce sera une célébration autour du Liban. La décision du choix des pays est évidemment une décision artistique. Cette série permet d'offrir un forum d'échanges, de discussions et de réflexions sur cette idée du multiculturalisme en mettant au centre de ces décisions les artistes et les idées qu'ils ont vécues» , explique-t-elle.
Wajdi Mouawad et Jane Birkin
Dans le cadre de World Nomads Lebanon, une exposition des œuvres du célèbre peintre libanais de réputation internationale, Nabil Nahas, autour du thème «Nature et culture islamique», aura lieu en avant-première le 26 avril à la galerie du FIAF. Une autre exposition collective du groupe «My Umi Said», représentant un ensemble d'œuvres de jeunes artistes «plus émergentes», Ginou Choueiri, Youmna Chlala, Lina Hakim, Zena el-Khalil, Amal Khouri et Randa Mirza, est prévue à l'espace Kleio Projects dans le Lower East Side de Manhattan.
D'autres manifestations littéraires se tiendront au FIAF autour de l'écrivain, acteur et directeur canadien d'origine libanaise Wajdi Mouawad, qui présentera une compilation de textes écrits pour Jane Birkin. «Les textes seront lus ou dits en anglais par Jane Birkin et en français par l'acteur», indique Mme Chopra. «Impressionnée » par le travail de Wajdi Mouawad lors du dernier Festival d'Avignon (2009) et avec lui «d'autres importants artistes tels que Rabih Mroué, Rina Sanneh et Zena el-Khalil», Lili Chopra déclare avoir «ressenti à Avignon une grande effervescence». Elle estime «avoir beaucoup de chance qu'il puisse être présent dans le cadre de cette série». La littérature libanaise sera aussi au centre d'événements littéraires. Le PEN World Voices Festival of International Literature organise son festival annuel qui se déroulera en présence de nombreux écrivains étrangers et libanais, dont notamment Alexandre Najjar (prix Méditerranée de l'Académie française), Élias Khoury, Rawi Hage (écrivain et photographe canadien d'origine libanaise) et Arzé Khodr. «Le fait que ces événements fassent partie du festival donne à ces manifestations une visibilité plus importante», assure Lili Chopra.
L'architecture et l'urbanisme feront également l'objet de trois grands événements. Un programme de discussions avec deux tables rondes autour de la thématique spécifique liée à la reconstruction de Beyrouth, à l'idée du multiculturalisme et l'identité nationale, a été mis sur pied par les architectes Ben Prosky, basé à New York, et Beth Stryker, qui fait la navette entre New York et Beyrouth. Des architectes libanais et new-yorkais, de renommée internationale, y prendront part dont notamment Stephen Holl, Bernard Khoury, Rodolphe
el-Khoury, Hashem Sarkis et L.E.T. Architects, George Arbid et Ibrahim Maalouf.
Hommage au cinéma libanais
«Les artistes sont au centre de la série "World Nomads", mais les partenaires sont nos guides», confie Lili Chopra. En effet, pour mettre sur pied la programmation, FIAF a fait appel à des spécialistes tels que l'artiste libanais Walid Raad et Rasha Salti, directrice artistique et spécialiste de films, qui collabore avec ArteEast, une organisation à but non lucratif basée à New York ayant pour objectif de promouvoir les artistes du Moyen-Orient. Rasha Salti a conseillé et dirigé la programmation du Festival du film qui, cette année, rend hommage au cinéma libanais depuis son essor, dans les années 1960, à nos jours. «Organisé en collaboration avec le Film Society of Lincoln Center dirigé par Richard Peña, le festival aura lieu du 5 au 13 mai au Lincoln Center. Concocté depuis deux ans par ArteEast, ce festival comprend une douzaine de films, longs et courts-métrages, ainsi que des documentaires. À cette occasion, un hommage spécial sera rendu à l'œuvre du cinéaste et réalisateur libanais Maroun Baghdadi.
Les films qui seront présentés comprennent entre autres Hors la vie de Maroun Baghdadi, The One Man Village de Simon el-Habre, FaceA/FaceB de Rabih Mroué, Once Upon a Time Beirut de Jocelyne Saab, la production musicale des frères Rahbani avec Feyrouz et aussi des films documentaires réalisés pendant la guerre tels que War Children de Ziad Doueiri, Our Night de Samuel Moaz, War Generation de Jean Khalil Chamoun et May Masri, et ceux d'après guerre tels que West Beirut de Ziad Doueiri, In our Battlefields de Danielle Arbid, Le Cerf-volant de Randa Chahal Sabbag, Falafel de Michel Kammoun, The Last Man, de Ghassan Salhab, Perfect Day de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, Caramel de Nadine Labaki et La route du Nord de Carlos Chahine.
Toutefois, un grand nombre de talents libanais ne figurent pas au programme de ces manifestations. La directrice de FIAF regrette de ne pouvoir inviter tout le monde. «C'est une première série, assure-t-elle. D'autres artistes pourront être invités au FIAF dans les années qui viennent, soit dans le contexte de notre festival d'automne "Crossing the Line", un festival contemporain pluridisciplinaire en partenariat avec une douzaine d'institutions culturelles, à New York, ou à travers d'autres événements», conclut Lili Chopra.

