Le pouvoir est tombé après que des centaines de manifestants eurent pris d’assaut le Parlement et le siège de la présidence à Bichkek. Vladimir Pirogov/Reuters
Le pouvoir est tombé après que des centaines de manifestants ont pris d'assaut le Parlement et le siège de la présidence à Bichkek, lors d'affrontements qui ont fait au moins 47 morts et 400 blessés, selon un responsable du ministère de la Santé, qui redoutait que ce bilan ne s'alourdisse. « Près de 100 personnes ont été tuées dans les troubles » dans le pays, a de son côté déclaré l'un des leaders de l'opposition, Omourbek Tekebaïev, dans une adresse à la nation diffusée par la télévision publique, saisie par les manifestants. Le siège du parquet général a été incendié, a constaté un journaliste de l'AFP. Les premiers incidents avaient éclaté lorsque la police a tenté en vain de disperser les manifestants rassemblés près du siège de l'opposition. À la suite de violents affrontements, les autorités avaient décrété l'état d'urgence et imposé un « couvre-feu ». La situation a ensuite dégénéré lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu et utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes contre les manifestants.
À Bichkek, la maison de M. Bakiev a été pillée et incendiée par des inconnus qui en sont ressortis avec de gros sacs en plastique remplis de vêtements, de draps et de vaisselle, selon un correspondant de l'agence Interfax sur place. Et l'incertitude régnait sur le sort du ministre de l'Intérieur, Moldomoussa Kongantiev. Une source au ministère, des médias indépendants et des ONG assuraient qu'il avait été tué à Talas (Nord-Ouest) lors de heurts, mais un porte-parole du ministère a démenti. Le procureur général, Nourlan Toursounkoulov, a annoncé l'interpellation et l'inculpation pour « crimes graves » de deux chefs de l'opposition, parmi lesquels l'ex-candidat à la présidentielle de l'opposition et ancien Premier ministre, Almazbek Atambaïev.
La Russie et les États-Unis, qui ont chacun une base militaire dans l'ex-république soviétique, ont appelé les parties au calme. Washington s'est dit hier « très préoccupé » par la situation au Kirghizistan et a déploré les violences à Bichkek, a déclaré le porte-parole du département d'État, PJ Crowley. Washington dispose à l'aéroport Manas de Bichkek d'une base aérienne clé pour ses opérations en Afghanistan, par laquelle transitent notamment la plupart de ses soldats déployés sur ce terrain. « La situation est un peu confuse, le gouvernement américain continue de surveiller la situation », a déclaré un porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman. De son côté, le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a assuré que la Russie n'avait « aucun lien » avec les violents affrontements entre les opposants et la police au Kirghizistan. Pour sa part, la chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, s'est déclarée très inquiète de la situation et a appelé le gouvernement et l'opposition kirghizes à la « retenue » et au dialogue. Enfin, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a lancé un nouvel appel « pressant au dialogue et au calme, afin d'éviter de nouvelles effusions » de sang.

