La cérémonie du jeudi saint au diocèse maronite de Beyrouth.Photo Nasser Traboulsi
Le jeudi saint commémore en fait, surtout, l'institution concomitante des deux grands sacrements du sacerdoce et de l'Eucharistie. Marqué par les cérémonies du lavement des pieds, il s'accompagne, en fin de liturgie, de la traditionnelle visite aux sept églises, en souvenir des messages adressés aux sept églises d'Asie par le Livre de l'Apocalypse, qui clôt le Nouveau Testament et la Bible.
Dans la plupart des églises, le Saint-Sacrement est exposé le jeudi saint jusqu'à minuit. Hier soir, de véritables embouteillages se sont produits autour de certaines édifices. Dans les paroisses et les couvents, des « heures d'adoration » ont été organisées, certains fidèles poussant le sacrifice jusqu'à veiller et jeûner toute la nuit, dans l'attente de la messe des présanctifiés de ce matin, messe au cours de laquelle les espèces ne sont pas consacrées, en souvenir de la Passion de Jésus, et où les hosties qui restent sont distribuées aux fidèles jusqu'à consommation du pain, avant les grandes et émouvantes liturgies de la Passion de l'après-midi, auxquelles accourent les fidèles.
Le « temps de la haine »
Le jeudi saint au diocèse maronite de Beyrouth a été marqué hier matin par une impressionnante concélébration de la messe par l'archevêque, Mgr Boulos Matar, et les 120 prêtres du diocèse. Dans son homélie, Mgr Matar a demandé pardon pour toutes les fois où lui-même ou les prêtres de son diocèse n'ont pas été à la hauteur de leurs charges sacerdotales, et demandé à Dieu de « confirmer chacun dans la grâce de son appel ».
À Tripoli, Mgr Georges Aboujaoudé a été plus direct et a déploré « le temps de la haine » que vivent les Libanais. « L'amour de Dieu, a-t-il dit dans son homélie, ne nous parvient qu'à travers les autres, selon le mot de saint Jean : Si quelqu'un dit : "J'aime Dieu" et qu'il déteste son frère, c'est un menteur : celui qui n'aime pas son frère, qu'il voit, ne saurait aimer le Dieu qu'il ne voit pas. »
« Nous vivons entre nous un temps de non-amour, a-t-il dit, ou mieux encore, un temps d'inimitié et même de haine les uns envers les autres (...). Par notre égoïsme et la poursuite de nos intérêts personnels, qui prédominent dans nos conduites, nous sommes en train de détruire notre patrie, au lieu de l'édifier sur des bases saines », a-t-il affirmé.

