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Culture - Photographie

Houda Kassatly fixe l’absence

En photos, accrochées sur les cimaises de la crypte de l'église Saint-Joseph ou sur les pages d'un ouvrage édité par « al-Ayn », Houda Kassatly propose, dans « Beyrouth, l'iconographie d'une absence »*, une relecture de la ville de demain. 

Des images d’un vieux Beyrouth qui tend à disparaître. (Michel Sayegh)

Présentée par la Bibliothèque orientale en collaboration avec le ministère de la Culture et la librairie al-Bourj, l'exposition de Houda Kassatly est une rétrospective d'un travail réalisé sur Beyrouth depuis plus d'une vingtaine d'années, qui permet d'analyser les métamorphoses de la ville et de réfléchir sur son devenir.
Ethnologue de formation, sa caméra au poing, Houda Kassatly a choisi de porter son regard sur le patrimoine architectural et les traditions sociales. Mais elle ne fait pas que cela. Partageant son temps entre des activités caritatives et sa famille, l'anthropologue ne cesse de parcourir les recoins du pays, captant une situation, un souvenir. Du Musée d'art moderne au palais de Tokyo, à l'Institut du monde arabe à Paris, en passant par différentes galeries libanaises, la photographe n'a de cesse d'exposer depuis 1987 ses clichés en faisant ainsi connaître les différents aspects de son pays. Par ailleurs, ses photos ont fait l'objet de plusieurs ouvrages. On peut citer notamment La communauté monastique de Deir el-Harf (1996), De pierres et de couleurs, Vie et mort des maisons du vieux Beyrouth (1998), Beiteddine, silences et lumières (2001) ou encore, le tout récent, Les camions peints du Liban d'aujourd'hui (2010).

Devoir de mémoire
Dans Beyrouth, l'iconographie d'une absence, Houda Kassatly va au-delà du simple regard et du cortex cérébral pour atteindre la mémoire. «Il ne faudrait pas croire que je n'aime pas le modernisme et que je revendique seulement un passé sclérosé. Il est naturel et normal que les jeunes générations apportent leur propre empreinte à la ville, mais il est aussi essentiel que celle-ci garde sa spécificité», précise Kassatly.
Plus qu'un rappel de mémoire, la photographe propose donc une réflexion, une relecture de cette «polis» que les Grecs avaient instaurée , «ce laboratoire d'idées citoyennes pour appliquer un projet commun», comme le dit Sana Salhab dans la préface. «C'est cette cité qui favorise également les rapports éthico-politiques qui imposent des normes domptant les inclinations naturelles, la loi du plus fort.» Certes, la notion de cité a évolué avec le temps, mais la plupart des villes du monde ont depuis toujours eu un «centre» qui accueille l'autochtone et l'étranger en lui présentant son caractère spécifique.
Pour la ville de Beyrouth, ce sont les carrelages des sols, les arcades conviviales qui attirent le passant, les murs colorés, les odeurs et arômes de fruits et plantes qui pénètrent jusqu'à l'intérieur des demeures, et les tapis généreusement étalés sur les balcons qui en font son identité. Tout ce désordre et tout ce tintamarre (néanmoins joyeux) de la ville ont aujourd'hui disparu. Sous l'objectif nimbé de lumière de Houda Kassatly, la ville bruissant de mille bruits, s'endormant dans mille nuées de senteurs semble avoir disparu. Les clichés en sont le parfait témoin.
«Je ne propose pas seulement un album de photos défraîchies - c'est ce qui arrivera dans un temps très proche si cet «urbicide» (massacre de la ville) ne s'arrête pas -, mais une contribution en tant que citoyenne, dans cette volonté collective de réaménagement», avoue la photographe .
Cette exposition, qui présente donc les différentes métamorphoses de la ville de Beyrouth, se ramifie en trois grandes étapes: «l'héritage» qui y est d'abord présenté, suivi par le volet intitulé «la guerre» et enfin par «l'urbicide» qui offre à voir l'avant et l'après.
Si la guerre a été le point de départ de ces destructions massives, l'acharnement individuel sur le patrimoine architectural de la ville n'a pas été en reste.
Beyrouth, actuellement l'ombre d'elle-même, reviendra un jour hanter nos mémoires.
Et ce fantôme sera certes en droit de poser certaines questions: Qu'avons-nous fait de cet héritage légué par nos pères? Quel modèle de cité avons-nous proposé à la place? Cette ville du futur est-elle celle de toutes les convergences ou de toutes les dissensions?
Des questions que pose Beyrouth, l'iconographie d'une absence et qui ne se résument qu'en un seul mot: la survie.

* Jusqu'au dimanche 4 avril, à la crypte de l'église Saint-Joseph, de 16 heures à 20 heures. L'ouvrage est disponible à la librairie al-Bourj. 
Présentée par la Bibliothèque orientale en collaboration avec le ministère de la Culture et la librairie al-Bourj, l'exposition de Houda Kassatly est une rétrospective d'un travail réalisé sur Beyrouth depuis plus d'une vingtaine d'années, qui permet d'analyser les métamorphoses de la ville et de réfléchir sur son devenir. Ethnologue de formation, sa caméra au poing, Houda Kassatly a choisi de porter son regard sur le patrimoine architectural et les traditions sociales. Mais elle ne fait pas que cela. Partageant son temps entre des activités caritatives et sa famille, l'anthropologue ne cesse de parcourir les recoins du pays, captant une situation, un souvenir. Du Musée d'art moderne au palais de Tokyo, à l'Institut du monde arabe...
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