Couleurs, trémolos, vibratos et faste scénique.(DR)
Du 20 mars jusqu'au 7 avril, pour cette septième édition du festival, se succèdent spectacles, concerts et expositions de tous bords.
Et c'est sous l'égide du bicentenaire de Fréderic Chopin que samedi, le maestro Krystof Penderecki a ouvert, en une soirée de gala, ces multiples et prestigieuses célébrations, en dirigeant en grande pompe l'Orchestre symphonique de la radio polonaise avec le concours du soliste virtuose Krystof Jablonski au clavier. Au menu, des pages de Krzysztof Penderecki, Frantz Schubert et, bien entendu, Fréderic Chopin dont le Concerto n°1 op 11 pour piano.
Entrée en force de l'art lyrique sous le ciel d'Abou Dhabi où la vie d'artiste parisienne jette brusquement un pudique voile de frivolité et d'amours romantiques sur cette ville dominée par les voitures rutilantes, les Poclains, les excavateurs, les grues, les tours et les gratte-ciel fonçant droit dans les étoiles.
C'est en trémolo et vibrato, dans la pure lignée de la tradition de l'art lyrique, que La bohème de Puccini a investi, pour deux soirées seulement, la scène du somptueux auditorium du Palais des Émirats.
En bord de mer et enserré au cœur d'un immense espace architectural aux dômes lisses et surmontés de boules aux fléchettes dorées, ce théâtre a plus de 1200 places. Toutes prises d'assaut par un public bel cantiste de tous crins.
Flambant neuf avec ses marbres, ses dorures, ses arcades, ses portes en bois travaillé, ses miroirs reflétant des galeries en enfilades, ses motifs de décorations en arabesques, le lever de rideau de cette vaste salle a accueilli, dans une hospitalité et magnificence «shéhérazadesque», Mimi, Musetta et le quartette d'artistes (Rodolfo, Marcello, Schaunard, Colline) épris de poésie, de peinture, de musique et de philosophie.
Faste scénique
Scènes de la vie de bohème selon le roman d'Henri Murger que Puccini transvase dans une partition éminemment inspirée, aux couleurs vives et chatoyantes, où les duos d'amour sont impérissables et l'atmosphère de mansarde ou de café parisiens a des jovialités, des accents, des parfums et des saveurs uniques.
Au dehors, le vent chaud du désert, sous la flaque de lumière, le froid glacial des hivers parisiens. Sur scène, une bougie à la lueur chancelante, dehors, les colliers de lumière sur des autoroutes scintillantes. Sous les feux de la rampe, ceux qui rêvent le monde, au dehors, ceux qui le font et le bâtissent.
Dans un décor pour rapins, petits poètes et intellectuels désargentés, chassé-croisé amusant et poignant des sentiments humains dans la précarité d'une vie. Loin du monde des affaires et des systèmes rangés, voilà des protagonistes hauts en couleur et absolument joyeux lurons en attendant la gloire.
Monde un peu folichon des artistes qu'illustre si bien la chanson de Charles Aznavour et qu'on retrouve ici en un splendide faste scénique porté avec éclat par la production de la Fondazione Festival Pucciniano, dont l'orchestre et le chœur sont placés sous la houlette de maestro Alberto Veronesi.
Mimi, campée par Ana Maria Martinez, a une voix de velours et sa prestation finale en amante consumée par la tuberculose est déchirante. Musetta, finement interprétée par Ana James, a du piquant et sa célèbre valse n'en finit pas de résonner dans les oreilles des spectateurs. La complicité du groupe des jeunes chevelus batifolant en drilles, qui se lâchent avec des baguettes de pain transformées en épées, a quelque chose de touchant et de gracieux.
Touchantes aussi sont ces arias où, par-delà le fou rire et les fausses insouciances, il y a les préoccupations essentielles et vitales qu'on tient sous le boisseau. Mais la musique a toujours dit bien plus que les mots et Puccini, en cela, est un grand maître.
Longue standing ovation pour une performance pétrie de sincérité, car elle vient de Torre del Lago, terre de refuge pour les amours tumultueuses de Puccini où le soleil est tout aussi resplendissant que celui d'Abou Dhabi.

