Les missives syriennes à l'adresse de Baabda avancent les assertions suivantes : la campagne contre la présidence de la République est d'ordre purement libanais, du reste étriqué puisque, tout bien considéré, elle reste le fait de seconds couteaux. On ne doit donc pas lui donner un sens qu'elle n'a pas du tout. Et s'il faut prêter attention à des propos déterminés, ce serait plutôt aux affirmations du président Assad, assurant sur la chaîne du Hezbollah al-Manar son plein soutien au président Sleiman, à ses orientations et à son action.
Cela étant, est-il vraiment exact que Wahhab ait crié au loup, au loup, inconsidérément ? Qu'il ait agi hors de toute considération liée à l'axe syro-iranien ? Il s'en défend, en confiant à un politicien qui en témoigne publiquement : « Si la Syrie n'avait pas approuvé mes dires, aurais-je lancé ma campagne ? Le président Michel Sleiman était censé capter le message cinq sur cinq, et bien savoir le décrypter. » Cette toute dernière phrase donne à penser que Wahhab aurait reçu des instructions bien précises sur le but formel de l'opération dont il aurait été chargé.
De plus, quelques voix du 8 Mars se sont jointes à la sienne, comme à celle de Abdel Rahim Mrad, en estimant qu'il n'avait pas tort au sujet du laxisme reproché au président Sleiman. On peut citer à ce propos le président Omar Karamé (à la suite, il est vrai, d'une visite que Wahhab lui avait rendue) et un troisième héraut catalogué de Damas, Nasser Kandil. Mais on relève que le pôle le mieux entendu quand il s'agit de cerner la ligne syrienne, Sleimane Frangié, est resté motus et bouche cousue. Son silence est interprété comme une confirmation du fait que Damas ne tient pas la baguette dans le concert contre le président Sleiman.
Cependant, l'attitude du Hezbollah, d'Amal et du CPL, les trois grands de l'opposition, donne beaucoup à réfléchir. Ils ont pris manifestement soin, à travers leurs médias, de ne pas taper sur les doigts des anciens ministres assaillants. Ils ont souligné qu'il ne fallait pas exagérer la portée de leurs attaques, mais se contenter de les considérer comme un effet normal du jeu démocratique, et du droit d'expression. En omettant ainsi leur caractère diffamatoire. Ou, encore pire, leur atteinte directe au système et à la Constitution.
De plus, Hassan Nasrallah a reçu avec ostentation les promoteurs de l'offensive contre le régime. Comme si cette rencontre, qui pouvait être reportée, s'inscrit dans le cadre même de la campagne. En réalité, ce serait une manière détournée de confirmer, sans s'en prendre nommément au chef de l'État, que les propos de Sleiman assurant que le devoir de résistance ne revient, en premier lieu, qu'à l'armée ont déplu au Hezb. Et de confirmer également, ce qui rejoint en fait une position syrienne mal camouflée, que la convocation de la table de dialogue a été interprétée comme une riposte au sommet de Damas auquel Assad et Ahmadinejad avaient tenu à associer Nasrallah.
Pour conclure, une note que soulignent en chœur de nombreux professionnels reçus ces derniers jours à Damas : les Syriens ont l'air de désapprouver surtout le timing retenu par Wahhab pour lancer ses attaques. Ce qui signifie qu'à leurs yeux, une telle campagne n'est pas définitivement répréhensible et aurait pu avoir son utilité si le moment avait été mieux choisi.

