Des dizaines de milliers de « chemises rouges » se sont réunis hier devant le quartier général de crise du Premier ministre, Abhisit Vejjajiva. Pornchai Kittiwongsakul/AFP
Mais Abhisit, qui a quitté son QG en hélicoptère avant l'arrivée des manifestants, a réitéré sa volonté de rester au pouvoir. « Les manifestants demandent la dissolution du Parlement (...). La coalition a estimé que cette demande ne pouvait être acceptée », a-t-il déclaré à la télévision. « J'ai réaffirmé que mon gouvernement était issu d'une élection au Parlement et soutenu par une majorité de députés. (...) Je veux rassurer la population sur le fait que (le gouvernement) continuera de travailler. »
Les manifestations se sont déroulées sans incident, mais deux soldats ont été blessés dans l'explosion de quatre grenades M-79 à l'intérieur du 1er régiment d'infanterie de l'armée. La police a procédé à une interpellation, sans faire de lien direct avec le mouvement. Les autorités craignent des débordements après les rassemblements d'avril 2009 qui avaient fait deux morts, et ont mobilisé jusqu'à 50 000 soldats, policiers et civils volontaires dans et autour de la capitale. Mais l'ambiance dans la rue était jusqu'à présent pacifiée. Devant le QG de crise du gouvernement, manifestants et militaires ont même échangé quelques mots par haut-parleurs interposés, parfois en isan, le dialecte parlé dans le nord-est du pays, d'où viennent une grande partie des manifestants. « Les soldats sont des amis du peuple et ne feront pas de mal au peuple », a clamé un responsable militaire aux « rouges ». Jamais avare de surenchère, l'un des leaders des « rouges », Nattawut Saikur, a affirmé que les manifestants répandraient mardi un peu de leur propre sang sur les portes du siège du gouvernement.
Les « chemises rouges » jugent Abhisit illégitime et refusent d'attendre les élections de fin 2011, réclamant le retour à l'ordre constitutionnel qui prévalait avant le coup d'État qui a renversé Thaksin en 2006. Mais le Premier ministre, arrivé au pouvoir fin 2008 par un jeu de renversements d'alliances parlementaires, conserve le soutien de l'armée et ne semble, pour l'heure, pas menacé par sa coalition. Dimanche, Thaksin avait invité ses partisans à « ne pas abandonner » le combat, dans une vidéoconférence depuis une ville européenne non précisée, après avoir quitté Dubaï où il a passé le plus clair de son temps ces derniers mois.

