Jamais l'art lyrique n'avait abordé le thème des cartels de la drogue avant la représentation de cette oeuvre jeudi soir en ouverture du XXVIe Festival culturel de la Ville de Mexico.
Pour la première fois au Mexique, ténors et sopranos ont chanté les mots "narcotrafic" ou "drogués" aux accents d'un orchestre symphonique incluant accordéons et guitares électriques, et devant des écrans montrant des images de Ciudad Juarez (nord), la ville la plus violente du pays, où la guerre des cartels pour le contrôle du trafic a fait plus de 2 600 morts en 2009.
À l'échelle nationale, ces affrontements sont à l'origine de plus de 15 000 morts ces trois dernières années.
"S'il y a du sang, du crime et du scandale dans les livrets d'opéras de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, pourquoi ne pas en écrire un sur une tragédie au Mexique?", a plaidé la soprano Gabriela Ortiz qui a signé la musique.
Le problème, c'est que le mythe de "Camille la Texane" était véhiculé jusqu'ici par un "narcocorrido", comme on appelle au Mexique les chansons populaires à la gloire des grands noms des cartels de la drogue, qui avait été dans les années 1970 un grand succès du groupe musical "Les tigres du nord".
Et le gouvernement conservateur du président Felipe Calderon, qui a érigé la lutte contre les cartels en priorité nationale, a également déclaré la guerre aux narcocorridos, auxquels il reproche de faire l'apologie des trafiquants.
Les CD clandestins ou non de ces chansons à la gloire des bandits se vendent comme des petits pains surtout dans le nord du pays, où opèrent les grands cartels à la frontière des États-Unis, première destination de la drogue.
Un député du parti présidentiel, Oscar Martin Arce, veut faire voter une loi fédérale obligeant les vendeurs de CD à coller sur l'emballage une mention mettant en garde contre le caractère criminel des trafiquants.
"Toute référence musicale, culturelle ou cinématographique au narcotrafic doit préciser que ce qu'on évoque ainsi est une saleté", explique-t-il.
"Je rejette catégoriquement toute tentative de censure : les narcocorridos retracent des moments historiques et en l'occurence ce n'est pas en censurant qu'on résoudra les problèmes de violence", proteste Gabriela Ortiz.
Car les cartels n'ont pas partout la même image sulfureuse. Dans des communautés paysannes, où l'infrastructure publique est insuffisante, ils peuvent apparaître aux villageois comme des bienfaiteurs: ils ont construit telle église ou telle route, financé tel plan social.
Ils ont même leur "saint patron", le légendaire bandit Jesus Malverde, sorte de Robin des Bois pendu en 1909 : un véritable culte lui est voué bien au-delà de la chapelle qui lui est consacrée à Culiacan, la capitale de l'État de Sinaloa (nord-ouest), fief du cartel du même nom.
Pour la première fois au Mexique, ténors et sopranos ont chanté les mots "narcotrafic" ou "drogués" aux accents d'un orchestre symphonique incluant accordéons et guitares électriques, et devant des écrans montrant des images de Ciudad Juarez (nord), la ville la plus violente du pays, où la guerre des cartels pour le contrôle du trafic a fait plus de 2 600 morts en 2009.
À l'échelle nationale, ces affrontements sont à l'origine de plus de 15 000 morts ces trois dernières années.
"S'il y a du sang, du crime et du scandale dans les livrets...


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