Quarante neuf membres de l’ethnie fulani suspectés d’avoir participé aux tueries du week-end dernier ont été arrêtés. Pius Utomi Ekpei/AFP
Les observateurs craignent désormais un engrenage infernal de la violence, et des représailles de la communauté chrétienne berom, victime des attaques perpétrées il y a trois jours par des musulmans de l'ethnie fulani (peule). « La question n'est pas de savoir si les beroms vont se venger, mais quand », estime Marc-Antoine Pérouse, un chercheur français spécialiste de la région.
Par ailleurs, le responsable de la police de l'État du Plateau a déclaré hier que 109 personnes avaient été tuées dans les attaques du week-end, démentant un bilan initial de 500 morts. « Le nombre total de victimes s'établit à 109. Ce chiffre est authentique et incontestable », a déclaré hier le responsable de la police du Plateau, Ikechukwu Aduba, lors d'une conférence de presse à Jos, précisant que le décompte avait été fait en présence de médecins légistes et de responsables gouvernementaux. Le responsable de la communication de l'État du Plateau, Dan Majang, avait annoncé au lendemain de la tuerie que le bilan était d'« au moins 500 morts », un chiffre que le policier a qualifié de « fabriqué ». D'autres sources civiles locales ont évoqué ces derniers jours 200 à 400 morts.
Il est « extrêmement difficile » d'obtenir des bilans précis dans ce genre de situation, a rappelé M. Pérouse, soulignant les risques de « manipulation » par les groupes rivaux.
Ikechukwu Aduba a également annoncé que 49 fulanis suspectés d'avoir participé aux tueries du week-end avaient été arrêtés et seraient inculpés. Ils ont « avoué qu'ils avaient participé à une opération de représailles » après avoir subi des attaques de la part de fermiers beroms, a indiqué le policier. Certains étaient volontaires, d'autres ont été payés pour participer aux tueries, a ajouté M. Aduba, précisant qu'ils seraient inculpés pour homicides volontaires et complot. Par ailleurs, 151 beroms ont été arrêtés ces derniers jours pour « possession illégale d'armes ». « Ils avaient décidé de faire la loi eux-mêmes et de se mobiliser pour protéger leur communauté », a expliqué M. Aduba.
Réagissant au massacre du week-end dernier, le pape Benoît XVI a dénoncé « l'atroce violence qui ensanglante le Nigeria » et « n'épargne même pas des enfants sans défense ». De nombreux spécialistes ont toutefois mis en garde contre une lecture religieuse de cette flambée de violences, rappelant que la question foncière et le partage des ressources étaient les principales causes des conflits dans la région.

