«Rêveries».
Né à Erevan, en Arménie, en 1960, Suren est un coloriste inspiré qui traque depuis 1982 la beauté et l'harmonie des corps féminins lisses et le panache des couleurs doucement enflammées. Des corps opalescents sur fond foisonnant d'indigo, de bleu nuit et de turquoise, d'orange à morsures de grenade éclatée et de jaune aux phosphorescences ensablées.
Formé aux meilleurs instituts d'art du pays de Sayat Nova et de Leningrad, cet artiste, qui a exposé aussi bien en terre du mont Ararat que dans les neiges de Calgari au Canada, en passant par Beyrouth, Las Vegas et Philadelphie, est nourri d'un certain romantisme et d'une quête dévorante pour les sensations en demi-teinte et les atmosphères candidement vénéneuses.
Il est le porte-drapeau d'un érotisme tendre, soyeux, presque vaporeux et irisé. Il modèle son monde onirique et silencieux comme un orfèvre taille en toutes gravité et application ses pierres précieuses. C'est-à-dire avec minutie, précision, dévotion et éclat.
Ce monde un peu baroque, imaginaire mais certainement aussi bien tiré du réel est hanté par un érotisme vaguement japonisant. Un érotisme obsessionnel aux contours presque arrondis, sans agressivité aucune.
Un monde où la femme, tout en attente nonchalante, languissante, lascive, rarement provocante, est à la fois compagne, épouse, mère, maîtresse, ou tout simplement une impénitente rêveuse, une vestale à l'index pointant le lointain, une odalisque en apprêt de hammam ou une grande amoureuse en transe d'ébats voluptueux, touchée par la grâce d'une passion insondable.
Un conte bleu et feutré dans des décors impalpables comme puisés aux songes d'un Gustav Klimt fouillant dans des malles magiques pour sérier des bouts de soieries brillantes, de gazes transparentes, de mousselines aux motifs exotiques, de satins froufroutants, de brocarts mordorés.
Une quarantaine de toiles à la structure moderne, magnifiant le corps de la femme, totalement dévêtu, avec des pudeurs qui ont pour noms des pans d'étoffes aux motifs ramagés comme les arcanes d'un rêve doux et cotonneux. Des toiles qui sont appel et invite à une ronde où se marient, en toute fausse innocence, fantaisie et fantasme. Fantaisie et fantasme des moments d'abandon, de plaisir, de volupté et de luxure.
Coiffure à la grecque pour des cheveux déliés ou relevés, teint de nacre, d'opaline ou d'albâtre, seins laiteux, épaules rondes reposant sur un coussin bien rembourré, chute de reins accentuée, ventre tendu ou replet, voilà des poses et des attitudes, certes délicates et suggestives, mais au maniérisme bien sage dans le vociférant laxisme contemporain.
Suren semble appartenir à un univers de boule de cristal avec son cortège de femmes s'entourant d'accessoires improbables d'un temps immémorial ou de conte à la Shéhérazade. Accessoires décoratifs, dont l'éventail va des cordes d'une mandoline à un bouquet de fleurs, en passant par un violoncelle, un chat au regard fixe, un cygne au cou altier ou un paon au plumage luisant. Subtil alliage pour chanter en une poésie diaphane la beauté de la femme à travers un pinceau tout en tonalités vives, effacées et transparentes.
Galerie Noah'Ark, Jal el-Dib. Jusqu'au 21 du mois courant.


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