Alicia Migdal : « Le concept de famille a un côté sinistre qui m’intéresse beaucoup. »(Michel Sayegh)
Ce parfum de femme dans l'écriture provient, selon Alicia Migdal, du fait que «l'on transpose naturellement dans l'écriture ce que l'on est dans la vie, de manière consciente ou pas».
Certes, l'écriture de femmes a été historiquement cantonnée dans des registres émotionnels. Et certains sujets comme l'émotion, les sentiments, l'intimité, la narration ont depuis toujours été mis en valeur dans l'univers féminin. Sauf que, pour Alicia Migdal, cette «pression historique qui pèse sur les auteurs femmes ne doit pas les empêcher de rester fidèles à elles-mêmes».
«Ma littérature à moi est très intime. J'écris à partir de ce que je ressens. Mes nouvelles sont sans doute très mélancoliques et introspectives, mais je pense qu'elles sont aussi porteuses d'une certaine réflexion intellectuelle», indique, à titre d'exemple, l'auteure uruguayenne. C'est le cas dans son roman Historia Quieta, traduit en français chez l'Harmattan sous le titre d'Histoire immobile, dans lequel elle dresse, à travers son personnage féminin, le constat d'échec de la quête féminine de l'amour absolu.
Freud et la famille
Mais c'est surtout le registre familial qui est très présent dans les écrits d'Alicia Migdal. Laquelle soutient, citant Freud à l'appui, que «le concept de la famille a un côté sinistre... qui m'intéresse beaucoup. Il y a de l'amour, mais aussi de l'altérité au sein du noyau familial. La place de chacun est menacée par celle de l'autre, dans ce système qui n'est en définitive que le microcosme de celui de la société», affirme-t-elle.
Ce sujet «délicat», elle l'a abordé, sans langue de bois, dans sa première nouvelle, La casa de enfrente (La maison d'en face). «Nouvelle qui a été très bien reçue par les femmes, mais totalement rejetée par les hommes», rapporte-t-elle, constatant que «les hommes n'aiment pas s'attarder sur des idées pareilles. Cela tient surtout à leur difficulté à s'exposer et à exprimer leur ressenti profond», estime-t-elle.
Et de lancer, mi-figue mi-raisin: «C'est pourquoi il faudrait qu'avec notre influence (féminine) nous changions l'autre moitié du monde, celui des hommes».
Ravie de participer à cette Rencontre d'écrivains ibéro-américains à Beyrouth qui, espère-t-elle, «pourrait être les prémices d'une politique de rassemblement culturel, d'autant que sur notre continent nous ne nous rencontrons pas souvent», Alicia Migdal se réjouit aussi - réaction de féministe? - de la parité hommes/femmes de cette sélection d'écrivains présents. Elle déplore, néanmoins, le manque de contacts avec les auteurs(es) libanais(es) au cours de ces journées. Qui, rappelons-le, se déroulent dans le cadre de «Beyrouth, capitale mondiale du livre»!

