En tout cas, c'est manifestement pour gagner du temps, en le perdant en zizanies créées de toutes pièces, que les fractions locales agissent ou réagissent. Car elles sont toutes, en réalité, dans l'attente de développements régionaux, multiples et variés, qui conditionnent l'état de la scène politique libanaise. En tête, les menaces que le problème aigu du nucléaire iranien fait peser sur la paix régionale. Avec, pour conséquence intéressant plus particulièrement le Liban, les crocs qu'Israël montre au Hezbollah, mais également à l'État libanais accusé de le couvrir. La balance offre cependant un deuxième plateau, plus positif et encourageant : l'ouverture que la Syrie affirme afficher par rapport aux Arabes modérés, ainsi qu'en direction des États-Unis. Les Libanais de toutes tendances préfèrent donc voir comment le tableau extérieur va évoluer, pour aménager leur ligne de conduite dans les mois à venir. Ce climat d'expectative permet donc de penser que toute décision est reportée, gelée. Et cela semble valable pour le rendez-vous des municipales, autant que pour les réformes.
Confirmant ces observations, l'un des visiteurs de Baabda croit pouvoir affirmer que le président Michel Sleiman pense que le suivisme de certaines fractions par rapport à des références étrangères contribue puissamment à un état de fait actuel interne, marqué par l'immobilisme, l'hibernation et la paralysie. Il ajoute que ces fractions n'hésitent malheureusement pas à privilégier les intérêts étrangers, plutôt que de songer aux besoins de leur propre patrie. Ce qui fait, répète cette source, que rien ne bouge.
Conscient de ce blocage, le président du Conseil, Saad Hariri, s'efforce de faire en sorte qu'il ne tourne pas finalement au vinaigre. Il déploie des efforts intenses et multiplie les contacts pour prévenir des dérapages menant à une dangereuse escalade intérieure. Il cherche dès lors à calmer le jeu pour protéger la stabilité politique du pays, donc sa sécurité même. Comme il reste partisan de la pensée positive, il espère qu'une fois passée la période d'attente décrétée par les forces politiques locales, il pourra enclencher le chantier global du redressement. Bref, tous les joueurs réalisent combien le pays politique reste dépendant des liens tissés avec l'extérieur. Ils savent sans doute aussi que les axes se servent du Liban comme carte de pression, ou de contre-pression, dans la lutte qui les oppose. Mais malheureusement, on trouve peu de professionnels du cru qui mettent ces éléments en avant et en relief, ou qui en parlent.
Retrouvailles
Cependant, la microanalyse de la micropolitique locale permet de constater qu'à l'occasion du débat sur l'âge électoral, on se retrouve en présence d'une famille recomposée. Dans ce sens que, pour la première fois depuis cinq bonnes années, le Courant patriotique libre s'est retrouvé sur la même longueur d'onde que les Kataëb, les Forces libanaises et les autres composantes du paysage politique, affiliées ou non au 14 Mars. Ce regroupement est occasionnel, redisons-le, car il n'a rien de stratégique ou de fondamental. Il s'opère sur base de l'acceptation du principe des 18 ans, mais du rejet de la méthode comme du timing adoptés pour lui donner corps.
Ce qui semble un peu étonnant, au vu des faits consignés dans les procès-verbaux officiels. En effet, la réduction de l'âge électoral a été proposée par la Chambre et approuvée à l'unanimité, puis par le président du Conseil, avec retour au Parlement pour en faire une loi. Une procédure quasi routinière qui a achoppé parce que la composante chrétienne du pays préfère qu'on la lie au projet de vote des émigrés, ainsi qu'à la récupération de la nationalité par les expatriés qui l'ont perdue en cours de route. Le CPL a suggéré que le gouvernement reprenne la proposition concernant l'âge électoral pour la geler. C'est ce que le ministre Bassil a défendu en Conseil des ministres, pour se voir objecter que le cabinet n'est pas en droit de recouvrer un projet dont la Chambre débat déjà.
Selon certains proches de Baabda, ce point de vue est défendu par le chef de l'État, qui estime que si le gouvernement devait tenter de récupérer le texte, et de passer en force, il infligerait à l'institution législative un camouflet aussi illogique qu'inadmissible. Un affront qui, en réalité, se répercuterait, à l'ombre de la formule Doha, sur l'Exécutif lui-même, puisqu'il forme une mini-Chambre. Dès lors, le président de l'Assemblée nationale s'est trouvé forcé de fixer une séance pour l'amendement constitutionnel, et les forces chrétiennes ont fait capoter le projet.
Après quoi, les prosyriens se sont déchaînés, prenant pour première cible le CPL. Ils lui ont reproché de ne pas s'être rangé à leurs côtés. En termes de résultat du scrutin, le vote aurait sans doute été négatif puisque la majorité parlementaire appuie la position des chrétiens. Mais au moins, affirment les prosyriens, le différend aurait perdu toute connotation confessionnelle, si le CPL était resté fidèle au 8 Mars.
Les intéressés répliquent que si les opposants tiennent tellement à rabaisser l'âge électoral à 18 ans, ils n'ont qu'à accepter la réintégration du vote émigré, et ils seraient restés quand même gagnants numériquement. Ils rappellent que le président Berry lui-même a jugé que les deux propositions devaient être liées. Pour conclure que les prosyriens ne peuvent pas appliquer la règle du consensus obligatoire, qu'ils ont inventée, seulement quand cela les favorise. Et qu'ils ne doivent donc pas s'insurger, en criant au droit bafoué, quand on leur dit non.


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