Dans des temps rendus lointains par les horreurs de la guerre intestine, les tribus ou clans du jurd étaient armés, pour se défendre, en cas de vendetta par exemple. Les régions reculées avaient le sentiment que l'État les ignorait, les discriminait. Sans s'occuper de la sécurité, qui restait affaire d'arrangements à l'amiable ; sans considérations, sans arrière-fond politiques.
Mais plus tard, la culture des armes s'est répandue et les milices, libanaises et autres, se sont multipliées durant les guerres intestines. Le déclencheur de cette période noire de quinze ans a été, comme on sait, le déferlement des Palestiniens armés, chassés par l'envahisseur israélien en 1967 encore plus qu'en 1948, puis par Hussein de Jordanie en 1970. Ils ont formé des organisations chapeautées par l'OLP et établi un premier petit royaume dans le Arkoub, baptisé Fatehland. Sous prétexte qu'à partir du Liban-Sud ils comptaient attaquer Israël, pour libérer leur pays. En réalité, avec l'aval et le soutien de diverses puissances étrangères, ils entendaient se tailler un nouvel État au Liban. Ils s'y sont donc répandus en force, prenant Beyrouth-Ouest pour capitale. Pour accomplir leur projet, ils intervenaient dans les dédales de la politique libanaise, soutenant activement tel camp contre tel autre et imposant souvent leurs vues propres aux autorités publiques de ce pays. On voyait de la sorte des chefs de gouvernement se refuser à prendre aucune décision interne avant d'avoir consulté les Palestiniens. Et Yasser Arafat avait pu se targuer publiquement, une fois, de gouverner Beyrouth, tandis que son bras droit, Abou Ayad, proclamait tout de go que la route de Jérusalem passait par Jounieh.
Nonobstant le fait qu'un autre tuteur s'est substitué à l'OLP, l'exploit libanais de cette dernière a marqué les esprits et constitué un modèle derechef suivi ces jours-ci. Avec le même prétexte : faire face à Israël pour en empêcher toute agression et pour libérer le territoire libanais encore sous occupation. Et, tout comme avec les Palestiniens par le passé, l'autorité publique courbe l'échine. En répétant, dans ses déclarations ministérielles, que « le Liban a le droit, à travers son peuple, son armée et sa résistance, de libérer les fermes de Chebaa, les hauteurs de Kfarchouba et le secteur libanais du village de Ghajar. Il a également le droit de se défendre contre toute agression. Comme de ne rien céder pour ce qui est de ses eaux. Ceci par tous les moyens légitimes et disponibles ». Il est vrai que les textes officiels ajoutent que « les Libanais doivent s'unir à travers une entente sur une stratégie globale arrêtée autour de la table du dialogue national ». Mais cela n'est que paroles en l'air, du moment que le Hezbollah se refuse à exposer ses vues sur le sujet, par le biais d'une étude circonstanciée, comme l'ont déjà fait les autres partenaires.
Il paraît ainsi étrange, ou trompeur, que le cabinet actuel assure dans sa déclaration ministérielle que « l'État, le pouvoir et leur autorité exclusive sont unis sur les questions relatives à la politique générale du pays. Ce qui garantit la sauvegarde et la protection du Liban, en forgeant sa souveraineté ». Comment peut-il en être ainsi quand l'État et sa prétendue « autorité exclusive » ne disposent même pas du droit de décider de la guerre et de la paix. Du fait de l'armement du Hezbollah, comme on l'a vu en juillet 2006. De même, comment, par quels moyens, le gouvernement garantit-il « la sauvegarde et la protection du Liban » face à son virus intérieur, activé à tout moment, comme on l'a vu le 7 Mai.

