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Moyen Orient et Monde - Turquie

Crise entre Ankara et l’élite judiciaire

La dernière tension est née de l'arrestation du procureur en chef de la province d'Erzincan qui a été inculpé d'appartenance à Ergenekon.

Les tensions récurrentes entre le gouvernement islamo-conservateur turc et l'élite judiciaire laïque ont dégénéré hier en conflit frontal, provoquant une nouvelle polarisation politique en marge d'une affaire de complot présumé visant à encourager un coup d'État.
« La Turquie n'est pas un pays de juges, elle est un pays démocratique avec un État de droit », a sèchement déclaré hier le vice-Premier ministre Bülent Arinç, lors d'une conférence de presse. « Le fonctionnement de la justice indépendante a été entravé. Comment désormais les procureurs peuvent-ils mener des enquêtes librement ? » s'est interrogé M. Arinç. Des dizaines de personnes sont jugées depuis 2007 dans l'affaire Ergenekon, un complot présumé visant à encourager un coup d'État militaire contre le gouvernement du Parti pour la justice et le développement (AKP, issu de la mouvance islamiste). Le gouvernement est accusé de vouloir se servir de cette procédure pour faire taire les milieux prolaïcs.
La dernière crise entre l'élite du pouvoir judiciaire, bastion de la laïcité, et le gouvernement, est née de l'arrestation du procureur en chef de la province d'Erzincan (Est), Ilhan Cihaner, qui a été inculpé d'appartenance à Ergenekon, provoquant une grave crise institutionnelle. Ce procureur, qui avait tenté d'enquêter sur les agissements dans sa zone d'une confrérie musulmane, a affirmé avoir été la cible de pressions du gouvernement pour abandonner son enquête. M. Cihaner a été arrêté et incarcéré mercredi par des procureurs rivaux de la province d'Erzurum. Peu après, le Conseil supérieur des juges et des procureurs (HSYK) a démis de leurs fonctions les procureurs qui avaient fait arrêter leur collègue. Dans la foulée, le premier magistrat de Turquie, le procureur en chef de la Cour de cassation, Abdurrahman Yalçinkaya, a fait planer la menace d'une nouvelle procédure pour dissoudre l'AKP, indiquant qu'il enquêtait sur d'éventuelles pressions par l'Exécutif sur l'institution judiciaire.
En 2008, l'AKP avait évité de justesse une interdiction pour « activités antilaïques ». S'il y a un procès contre l'AKP, « nous convoquerons immédiatement des élections anticipées », a affirmé au journal Radikal un dirigeant de ce parti. L'AKP avait remporté les dernières législatives en 2007, avec 47 % de voix. Le pouvoir judiciaire est au cœur des mutations que connaît le système politique turc depuis l'arrivée au pouvoir de l'AKP en 2002. Les juridictions supérieures ont résisté à toutes les initiatives gouvernementales qu'elles considèrent comme un affront aux principes laïques, notamment une tentative d'autoriser le port du voile à l'université.
Pour l'opposition, le procureur Cihaner paye le prix d'avoir attaqué les intérêts d'une communauté religieuse opérant dans sa province. « Il est clair que l'on vise ici à dissuader un procureur de faire son travail », a estimé Deniz Baykal, le chef du Parti républicain du peuple (CHP, centre gauche), montrant du doigt le gouvernement. Interdites, les sectes musulmanes sont pourtant tolérées en Turquie, et elles comptent des adeptes aux niveaux les plus élevés de la classe politique et de la bureaucratie.
Les tensions récurrentes entre le gouvernement islamo-conservateur turc et l'élite judiciaire laïque ont dégénéré hier en conflit frontal, provoquant une nouvelle polarisation politique en marge d'une affaire de complot présumé visant à encourager un coup d'État.« La Turquie n'est pas un pays de juges, elle est un pays démocratique avec un État de droit », a sèchement déclaré hier le vice-Premier ministre Bülent Arinç, lors d'une conférence de presse. « Le fonctionnement de la justice indépendante a été entravé. Comment désormais les procureurs peuvent-ils mener des enquêtes librement ? » s'est interrogé M....
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