L’Orchestre philharmonique libanais sous la direction du maestro Giovanni Battista Rigon.(DR)
Ouverture en grandes ondes sonores rayonnantes avec l'Orchestre philharmonique libanais captant les frémissements et la décapante vitalité de l'inspiration de Rossini à travers Guillaume Tell, opus né des écrits de Schiller.
Tout d'abord, les plaintes des violoncelles avant que les battements du cœur ne s'accentuent pour cette flèche qui fendra la pomme en deux. Une pomme posée sur la tête d'un enfant. On imagine la force de la musique pour tant de palpitantes émotions qui enflent telle une inendiguable déferlante. Des moments angoissants d'attente de cette vertigineuse charge de cavalerie légère, Rossini a mis sur papier d'immortelles sonorités aux images à jamais retentissantes.
Magie incantatoire du violon avec Domenico Nordio, qui donne la réplique à l'Orchestre philharmonique libanais avec La Campanella de Niccolo Paganini. Trois mouvements (allegro maestoso, adagio, rondo à la clochette) pour traduire toute l'inspiration aux effluves diaboliquement vertigineux d'un compositeur, maître en sorcellerie sonore, à qui on prête un pacte avec l'enfer pour ses inimaginables embardées accélérées à l'archet.
Lyrisme
De la douceur angélique la plus extrême aux tournis les plus étourdissants, le violon, cet instrument de l'errance, des larmes amères et des joies les plus folles, a ici des accents non seulement émouvants, mais une puissance magnétiquement communicante.
Le lyrisme de Paganini reste à couper le souffle et, pour le servir, il faut le talent d'un Domenico Nordio qui restitue à cette partition - morceau de bravoure et d'anthologie du répertoire violonistique, entre glissandi, arpèges, trilles, pizzicati et cadences - toute sa force éruptive, ses caresses dissolvantes, sa part de chant des anges et de vociférations démoniaques.
Pour l'anecdote et pour rester dans l'ombrelle de Rossini à qui ce concert est dédié de toute évidence, certains historiens rapportent que Rossini n'a pleuré que trois fois dans sa vie. Lors de la chute de son premier opéra, lors d'une promenade en bateau lorsqu'une dinde truffée tomba malencontreusement à l'eau (c'est bien lui le gourmand qui a signé le « Tournedos Rossini ». Compulsez donc les livres de cuisine si vous croyez que ce sont là des balivernes) et enfin lorsqu'il entendit pour la première fois Paganini.
Sur l'instance du public applaudissant à tout rompre cette prestation de Paganini, le violoniste est revenu sur scène pour interpréter du... Bach ! La voix nue du cantor avec la plus grande solitude des cordes d'un violon. Un autre moment, une autre atmosphère, une autre magie.
Petit entracte et reprise avec La Boutique fantasque, un ballet de Léonide Massine d'après une musique de Rossini arrangée par Ottorino Respighi. Deux jouets automates, danseurs de cancan, sont séparés, car achetés l'un par une famille américaine et l'autre par une famille russe. Même les jouets ont une âme et il n'y a pas de séparations impunies.
Petit drame par conséquent dans ce magasin de jouets et délicieux prétexte pour des notes mêlant joyeusement, en un savoureux contexte, charme, esprit ludique, douceur pétillante et nostalgie.
Une suite de dix tableaux allant d'une lumineuse tarentelle, en passant par une ébouriffante danse cosaque, deux intermezzos, une mazurka rêveuse, un nocturne languide aux scintillements troublants, une valse ondoyante et éthérée, pour finir dans un froufroutant et vibrant « cancan ».
Des accords éoliens d'une harpe aux coulées « tintinnabulantes » d'un xylophone, en passant par les déferlements des cordes des violons et des violoncelles, on retrouve là tout le soyeux des mélodies rossiniennes avec une touche modernisée d'un élève de Max Bruch et de Rimski-Korsakov tout en ne boudant pas l'influence de Richard Strauss et Claude Debussy.
Applaudissements prolongés et nourris d'une audience ravie de cette prestation aux partitions originales, lumineuses et allant droit au cœur.


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