En cette veille de Saint-Valentin, la journée des amoureux dont la célébration est interdite en Arabie saoudite car jugée hérétique, Mohammad aura du mal à cacher les nounours rouge, rose et blanc et autres cadeaux dont son magasin est rempli.
« J'ai peur d'être arrêté », avoue le commerçant, qui refuse de dévoiler son nom de famille. « Je fermerai la porte à clé lorsqu'ils viendront », dit-il, en évoquant une éventuelle descente de la police religieuse.
Comme chaque année avant la Saint-Valentin, la commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice est sur le sentier de la guerre, menaçant de confisquer tout ce qui est de couleur rouge, dans les pâtisseries, fleuristes ou boutiques de cadeaux, qu'il s'agisse de roses, de chocolats ou de nounours, de plus en plus populaires.
De leur côté, les commerçants tentent de contourner l'interdiction en vigueur dans le royaume ultraconservateur en cachant leurs stocks dans les arrières-boutiques et en prenant les commandes par téléphone.
Les couples non mariés, qui ont l'interdiction formelle de se côtoyer en public en vertu de la charia, tentent pour leur part de trouver des restaurants qui soient protégés de la commission, où ils pourront se retrouver pour un dîner romantique.
En début de semaine, la police religieuse a publié son traditionnel message d'avertissement, prévenant que ses membres allaient passer les magasins au crible le 13 février pour vérifier que personne ne contrevenait à l'interdiction de vendre quelque chose de couleur rouge.
« Il y a deux ans, on a perdu 6 000 roses », explique Maher, un fleuriste de Djeddah, estimant les pertes à plusieurs milliers de dollars.
On pouvait voir de nombreuses roses rouge dans son magasin vendredi. Mais elles sont restées cachées samedi, tandis qu'il priait pour que la police religieuse ne passe pas par là.
« Cela vaut le coup car on fait de bonnes affaires », explique-t-il cependant, relevant que le prix des roses a doublé cette semaine à 10 riyals (2,70 dollars) et qu'elles pourraient valoir encore plus cher le jour de la Saint-Valentin.
Quand on demande à un autre fleuriste ce qui se passera si la police le voit vendre des roses rouges, il mime des menottes au poignet.
Les habitants estiment toutefois qu'il n'est pas trop difficile de célébrer la Saint-Valentin à Djeddah, ville relativement libérale de l'Ouest saoudien sur la mer Rouge, contrairement au reste de l'Arabie saoudite.
À Dammam (Est), pas une seule tache rouge n'est en vue. Et à Riyad, les amoureux tentent de s'en sortir comme ils peuvent.
« Habituellement, on commande les cadeaux par téléphone par avance », explique une célibataire âgée d'une vingtaine d'années, sous le couvert de l'anonymat.
Dîner aux chandelles est plus difficile. L'année dernière, raconte-t-elle, un restaurant français populaire parmi les couples non mariés parce qu'il sait en général éviter les visites de la police a néanmoins été inspecté le jour de la Saint-Valentin.
« Ceux qui ont peur fêtent la Saint-Valentin un jour avant ou un jour après », dit-elle.

