« Il est trop tôt pour désigner le vainqueur à la présidentielle », a réagi peu après Olexandre Tourtchinov, bras droit de Mme Timochenko. « Malheureusement nous n'avons pas pu éviter des fraudes massives », a-t-il ajouté. Pour sa part, Mme Timochenko a estimé que rien n'était joué et que « tant que le dernier bulletin n'a pas été comptabilisé, il est impossible de parler de résultat quelconque ». Elle a appelé son équipe à veiller sur chaque suffrage. « Luttons pour chaque voix. Chaque voix compte pour le destin de l'Ukraine », a-t-elle dit. De son côté, M. Ianoukovitch a proclamé sa victoire et déclaré qu'un « nouveau chapitre » s'ouvrait dans l'histoire du pays. « Ioulia Timochenko doit se préparer à démissionner », a-t-il ajouté.
Si sa victoire se confirme officiellement, M. Ianoukovitch, qui avait été balayé par la Révolution orange en 2004 sur des accusations de fraudes électorales, prendra une revanche spectaculaire sur ses adversaires d'hier. En novembre 2004, des centaines de milliers de manifestants étaient descendus dans la rue pour contester sa victoire à la présidentielle et obtenir un troisième tour, finalement remporté par le pro-occidental Viktor Iouchtchenko.
Pour rassembler l'électorat orange, déchiré par ses tiraillements incessants avec Viktor Iouchtchenko, le Premier ministre a joué à fond sur la fibre nationaliste et pro-européenne de l'Ouest nationaliste. « J'ai voté pour une nouvelle Ukraine, une Ukraine belle, européenne où les gens vivront heureux », a-t-elle déclaré en déposant son bulletin dans l'urne à Dnipropetrovsk (Est), sa ville natale. Viktor Ianoukovitch, qui avait promis « la fin de l'époque orange » pendant la campagne, a assuré de son côté avoir « voté pour de bons changements, pour la stabilité et pour une Ukraine forte ». Le président sortant, devenu un ennemi juré de Mme Timochenko, a renvoyé dos à dos les deux candidats : « Je pense que l'Ukraine aura honte de son choix, mais la démocratie existe. »
Pendant la campagne, M. Ianoukovitch et Mme Timochenko se sont mutuellement accusés de préparer des fraudes, laissant craindre de longues batailles devant les tribunaux si un écart trop faible entre les deux se confirme. Le Premier ministre a même brandi la menace d'une Révolution orange bis en cas de fraudes. Le camp pro-Ianoukovitch a demandé quant à lui une autorisation de manifester pour 50 000 personnes ce matin devant la Commission électorale centrale à Kiev, a annoncé le ministère de l'Intérieur. Dans ce contexte, les conclusions des observateurs de l'OSCE (Organisation de la sécurité et de la coopération en Europe) et du Conseil de l'Europe sur le déroulement du scrutin seront très attendues aujourd'hui.


