Pour tenter de ravir l’aiguière en argent à Alinghi, détenteur de ce prestigieux trophée de voile depuis 2003, les Américains d’Oracle ont vu très grand : une voile rigide de près de 70 mètres, plus de deux fois la taille d’une aile de Boeing 747.Pascal Lauener/AFP
La débauche de moyens des deux équipes pour cette 33e édition, tronquée pour cause de désaccord, est à l'exact opposé de l'engouement du public : énorme. Des budgets estimés à 100 millions d'euros, des bateaux bourrés de technologie (un catamaran pour Alinghi, un trimaran pour Oracle) et certains des meilleurs marins au monde.
« C'est de la voile extrême. C'est la version "X" de la Coupe de l'America. On atteint les limites de la technologie », a lancé vendredi le propriétaire milliardaire d'Oracle, l'Américain Larry Ellison.
« Ces deux bateaux sont les bateaux à voile les plus rapides jamais construits », a poursuivi le « meilleur ennemi » du patron richissime d'Alinghi, le Suisse Ernesto Bertarelli.
« Je pense que ça va être le plus grand spectacle de l'histoire de la voile et je suis très fier d'en faire partie », s'est encore félicité Ellison, absent samedi de la traditionnelle conférence des propriétaires, laissant Bertarelli seul face à une centaine de journalistes.
Boeing 747
La tension entre les deux hommes, fous de voile et obnubilés par l'aiguière en argent récompensant le vainqueur, est plus que palpable. Elle n'est même plus cachée. « C'est comme un match pour le titre mondial des poids lourds où les deux boxeurs ne s'aiment pas beaucoup », a assuré Ellison.
À la gauche du ring, le catamaran Alinghi 5, qui sera barré par Bertarelli en personne, conjointement avec le spécialiste français des multicoques, Loïck Peyron. À droite, le trimaran USA 17, barré par l'Australien James Spithill, tout juste 30 ans mais redoutable en « match racing » (un contre un).
Le catamaran d'Alinghi, impressionnant (large comme deux terrains de tennis mis côte à côte), a dû être transporté à Valence par hélicoptère. Le trimaran d'Oracle n'est pas en reste dans la démesure, avec une voile rigide de près de 70 mètres, soit plus de deux fois la taille d'une aile de Boeing 747.
Ce deux géants des mers vont s'affronter au meilleur des trois manches, aujourd'hui, mercredi et vendredi si nécessaire.
Mais le vent, alors que l'époque n'est pas très propice aux régates à Valence, pourrait chambouler le programme.
« Illégales »
La 33e édition de l'une des plus prestigieuses épreuves de voile propose un duel en multicoques à la place d'une compétition classique, avec plusieurs concurrents et sur des monocoques, en raison de l'incapacité d'Alinghi, tenant du trophée depuis 2003, et de son challengeur Oracle, à se mettre d'accord.
Du coup, la Coupe de l'America, dont la 32e édition en 2007 à Valence avait été un succès aussi bien sportif que populaire, s'est retrouvée plongée dans une certaine confidentialité, le public et les sponsors ayant fui une épreuve plombée par les échanges acerbes de communiqués et les longues décisions de justice.
Oracle, reprochant à Alinghi de vouloir organiser une 33e édition tout à son avantage et s'appuyant sur le « Deed of Gift » (document de 1887 qui régit l'épreuve), a porté l'affaire devant la justice américaine et cette dernière a imposé en avril 2009 ce duel.
Les équipages sont enfin prêts à s'affronter sur l'eau, mais le vainqueur final ne sera pas forcément celui que l'on croit car la justice doit encore trancher un énième litige, le 25 février, portant sur les voiles d'Alinghi, jugées « illégales » par Oracle.


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