Étant pharmacienne de formation, les efforts très louables du ministère de la Santé et de l'ordre des pharmaciens dans la lutte contre le commerce illicite des médicaments ne peuvent que me réjouir. La vigilance des pharmaciens consciencieux à elle seule ne suffit pas, elle doit être impérativement soutenue et accompagnée par des campagnes de sensibilisation et d'information sur la contrefaçon qualifiée à juste titre « d'épidémie silencieuse ». En effet, chaque année dans le monde, des centaines de femmes, d'hommes et d'enfants sont victimes de ce marché fondé sur la tromperie. Une industrie meurtrière qui touche particulièrement les pays en développement, mais le monde riche n'est pas épargné. Les médicaments contrefaits représenteraient plus de 10 % du marché mondial. Soit 32 milliards de dollars de bénéfices par an ! Et ce n'est pas près de s'arrêter. Selon la Fédération internationale des industries du médicament, le trafic de médicaments serait 25 fois plus rentable que le commerce de l'héroïne et 5 fois plus que celui des cigarettes... Si j'ai la certitude que la majorité des pharmaciens d'officine travaillent avec conscience et éthique, ceux qui participent à ce crime doivent absolument être sanctionnés et que ce sentiment d'impunité qui les motive, de par leurs « relations », ne soit plus désormais qu'une illusion. Ainsi, chaque patient aura la certitude, en franchissant le seuil de n'importe quelle pharmacie, d'y acheter un médicament de qualité irréprochable. Et la croix verte clignotant, à chaque coin de rue, l'espoir pour lui d'une santé meilleure... Et à propos, le caducée et la croix verte sont les deux seuls emblèmes réservés aux pharmaciens et dont l'usage est admis aux fins d'enseignes ou autres modes d'identification. Le caducée a été déposé en tant que marque collective en 1968 par le Conseil national de l'ordre des pharmaciens, la croix verte en 1984. La croix verte, enseigne des officines, s'est progressivement substituée à la croix rouge sur fond blanc, ou blanche sur fond rouge après l'adoption de la croix rouge comme emblème de l'Organisation internationale de la Croix-Rouge ratifiée par la Convention de Genève en 1864. Cette croix connue comme symbole du secours et de la protection militaire et civile a une origine héraldique. Croix grecque dont les quatre branches sont égales, elle est devenue au cours du temps symbole du christianisme et doit sa diffusion aux croisés qui l'avaient adoptée comme emblème. Les premiers croisés portaient une croix grecque d'étoffe rouge cousue sur leur vêtement... Quant à la couleur verte, elle est représentative d'une profession qui utilise les ressources du règne végétal pour la préparation de ces remèdes...
Vers le IXe siècle avant Jésus-Christ s'établit en Grèce le culte d'Asclépios (Esculape chez les Romains), dieu de la médecine représenté avec un bâton autour duquel s'enroule un serpent. Le bâton représenterait l'axe du monde, l'arbre de vie ou une arme magique. Il aurait été utilisé pour la première fois comme emblème de la médecine au VIe siècle. Le caducée pharmaceutique, lui, représente un serpent qui s'enroule, se redresse et renverse sa tête vers le bord d'une coupe. La coupe est celle dans laquelle Hygie, fille d'Esculape et déesse de la santé et donc de l'hygiène, donnait à boire au serpent du temple d'Épidaure. Le serpent commun aux deux serait lié à l'art de guérir (son venin ayant un pouvoir curatif), à la fécondité et à la vie. Il représente le savoir, car en rampant au sein de la terre et des plantes, il connaît tous leurs secrets. Le serpent d'Épidaure enlaçant une coupe apparut, dès 1222, chez les apothicaires de Padoue comme symbole distinctif de la pharmacie, figurant comme motif principal de leur bannière...
Il ne me reste à la fin que de vous souhaiter une bonne santé et que vous ayez le moins souvent recours à nos bons et loyaux services. Tant que vous êtes en bonne santé, estimez-vous chanceux et riche : « Deux bras et la santé font un pauvre aisé », dit le dicton.
* Origine grecque du mot pharmacie : remède ou poison.
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