Washington a, selon la presse américaine, déployé des navires spécialisés au large des côtes iraniennes ainsi que des intercepteurs de missiles dans quatre pays : le Qatar, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Koweït. James R. Evans/US Navy/HO/AFP
Le général David Petraeus, commandant des forces américaines en Irak et en Afghanistan, a indiqué le 22 janvier que le déploiement inclut huit batteries de missiles antimissile Patriot, « deux par pays ». L'Arabie saoudite possède de telles batteries et les Émirats arabes unis en ont commandé en 2008. Bahreïn est le siège de la Ve Flotte US, le Qatar accueille le commandement central américain et le Koweït a une base américaine. Les États-Unis ont en outre dans le Golfe des croiseurs équipés de missiles guidés Aegis capables d'intercepter les missiles de moyenne portée. Ce déploiement vise à rassurer les pays du Golfe « afin qu'ils ne se sentent pas obligés de se procurer eux-mêmes l'arme nucléaire » et aussi « en partie à calmer les Israéliens », selon un responsable cité samedi par le New York Times.
« Nous estimons que ces mesures participent d'une conspiration et d'un stratagème de la part de pays étrangers pour créer une phobie de l'Iran », a déclaré hier le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ramin Mehmanparast. « Parce qu'ils (ces pays étrangers) ne sont plus implantés en Iran, ils estiment qu'ils n'ont plus prise sur ce pays et pour justifier leur présence (dans la région), se livrent à de telles insinuations », a-t-il dit. Le président du Parlement iranien, Ali Larijani, s'en est pris lui aussi au renforcement des batteries de missiles américains. « Il est étrange que les Américains ne remarquent pas que le problème, dans la région, c'est votre présence (américaine), et que plus vous déploierez de pièces d'artillerie (dans cette région), plus les pays qui les acceptent chez eux s'inquiéteront », a-t-il dit. M. Larijani avait déjà appelé la semaine dernière, lors d'une visite au Koweït, les pays du Golfe ayant des bases américaines à ne pas permettre leur utilisation contre l'Iran. Également, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a critiqué la politique des Occidentaux dans la région, en recevant le prince héritier du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani. « Les Occidentaux ne veulent pas que la sécurité règne dans la région et que les relations entre les pays de la région soient amicales », a-t-il affirmé.
Selon le Rapport sur la défense antimissile balistique publié lundi par le Pentagone, Téhéran a mis au point des projectiles capables d'atteindre des cibles au Moyen-Orient et en Europe de l'Est. Le document indique aussi que l'Iran déploierait sur le terrain de plus en plus de lanceurs mobiles de missiles à portée plus réduite.
Pour les analystes, le déploiement de missiles américains dans le Golfe ne manquera pas d'attiser l'hostilité du régime de Téhéran à l'égard de ses voisins arabes. « Cela rendra l'Iran plus nerveux même si les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) n'y sont pour rien », relève Moustafa Alani, chef des recherches en matière de sécurité du Gulf Research Center basé à Dubaï. « Les Iraniens vont interpréter cela comme le premier pas d'un plan militaire américain (...) consistant à rassurer les alliés des États-Unis (en leur disant) qu'ils seront protégés en cas d'attaque iranienne », souligne Anoush Ehteshami, un spécialiste de l'Iran et du Golfe, qui enseigne à l'Université britannique de Durham. « L'Iran verra une pression indirecte dans l'extension du parapluie sécuritaire américain à ses voisins », estime-t-il, ajoutant que pour Téhéran, c'est aussi une « provocation ». « Le CCG est pris en étau entre l'Iran et les Américains et ses membres ont publiquement dit qu'ils ne veulent pas être mêlés à une action militaire contre l'Iran. Mais ni l'Amérique ni Israël ne demanderont leur avis s'ils décident d'attaquer l'Iran à partir des eaux internationales ou de bases lointaines », dit-il. Riad Kahwaji, qui dirige l'Institute for Near East and Gulf Military Analyses, basé à Dubaï, voit également dans le déploiement « une escalade et une source de tension entre le CCG et l'Iran ». « Cela rappelle que l'option de la guerre reste ouverte », déclare-t-il.
Néanmoins, un exercice américain durant lequel devait être détruit en vol un missile simulant une attaque iranienne a échoué en raison du mauvais fonctionnement d'un radar, a annoncé le département de la Défense. Selon l'Agence américaine de défense antimissile, le projectile-cible, tiré de la base de Kwajalein (îles Marshall), et l'intercepteur, mis à feu sur la base californienne de Vandenberg, ont fonctionné normalement. Mais en raison d'une anomalie sur un radar, le missile intercepteur n'a pas réussi à percuter la cible en vol. Une enquête doit déterminer précisément les raisons de cet échec. C'est la première fois que Washington teste son système de défense contre les missiles balistiques dans un exercice simulant une attaque iranienne. De précédentes manœuvres simulaient des tirs nord-coréens.

