Les critiques de M. Geagea ont surpris nombre d'observateurs du fait que les relations entre Meerab et Baabda sont au beau fixe. Ce diagnostic est d'ailleurs partagé par les sources FL qui précisent que les remarques faites par M. Geagea ont pour but, précisément, de défendre l'autorité et les prérogatives du président de la République, le leader des FL estimant que le chef de l'État n'a pas à obtenir l'aval d'une quelconque faction locale pour effectuer une visite dans une capitale étrangère ou pour recevoir un haut responsable d'un pays ami. M. Geagea relève dans ce cadre qu'il existe des institutions constitutionnelles qui fonctionnent dans le pays, et si un responsable souhaite exprimer des réserves au sujet d'initiatives prises par le président, il doit le faire dans le cadre de ces institutions et conformément aux règles d'usage. C'est donc dans cet esprit que le leader des FL a souligné que le chef de l'État devrait éviter de céder au chantage ou aux pressions de l'opposition.
Les milieux proches du palais de Baabda rapportent dans ce cadre que le président Sleiman réaffirme devant ses visiteurs sa détermination à rester fidèle à la ligne de conduite consensuelle et à son positionnement au centre qui caractérisent son mandat et qui sont, en tout état de cause, le fruit du compromis de Doha auquel toutes les factions ont adhéré. Le chef de l'État admet dans le contexte présent que sa position consensuelle et indépendante au centre est, certes, une option particulièrement difficile à défendre et à maintenir, mais il reste déterminé à poursuivre sur cette même voie, en dépit des critiques qui fusent parfois ici et là.
Les mêmes sources relèvent que les pôles de l'opposition désirent que le président s'aligne sur leur ligne de conduite, de même que les forces du 14 Mars estiment que le président Sleiman devrait se tenir à leurs côtés, du moins pour ce qui a trait aux grandes options politiques du pouvoir, du fait que c'est le 14 Mars, en définitive, qui défend contre vents et marées le projet de l'édification d'un État central fort, qui est également l'objectif naturel que cherche à réaliser le président de la République, tandis que le 8 Mars défend plutôt un projet et des intérêts régionaux, comme n'hésitent pas à l'affirmer en diverses circonstances plusieurs pôles de l'opposition.
Face à ce bras de fer entre les deux camps antagonistes qui se partagent l'échiquier local, le président Sleiman s'en tient à son positionnement au centre, soulignent les milieux de Baabda. Et dans ce cadre, le chef de l'État met l'accent sur la solidité des liens qui le lient au Premier ministre Saad Hariri, affirmant que ses rapports avec M. Hariri sont fondés sur des bases solides et claires. Des sources ministérielles confirment une telle perception et balayent d'un trait de la main les rumeurs faisant état d'une dissonance entre le président et le Premier ministre, affirmant que, bien au contraire, les deux hommes entretiennent des relations privilégiées et œuvrent ensemble en maintenant une étroite coordination afin de mener le pays à bon port. Et les sources proches de Baabda d'exhorter à ce propos les différents responsables politiques locaux à assainir leurs rapports entre eux en mettant à profit le climat de détente actuel qui se manifeste depuis un certain temps sur le double plan local et régional.

