L’orchestre : à droite, les balalaïkas.
Depuis sa création, l'Orchestre symphonique américain de balalaïka est dirigé et animé par un Russe, Peter Trofimenko, mais ses musiciens, qui n'ont pas de background est-européen, ont en commun une formation de violonistes ou de guitaristes. D'où la facilité de maîtriser des instruments de la même famille. Trofimenko explique : « La résonance dominante et soutenue des cordes est obtenue par l'emploi fréquent et rapide d'un jeu de trémolos. Ce qui donne à l'orchestre de balalaïkas une sonorité particulière. » Le tout complété par des vents et des percussions habituels auxquels ont été joints des instruments purement russes dont le « bayan » (accordéon à boutons), le « gusli » (harpe à table) et aussi un « cymbalum » (piano tsigane). Au total, 70 exécutants dont 18 joueurs de balalaïka et 27 de domras.
Au-delà de l'ethnie
Voulant aller au-delà du traditionnel répertoire ethnique, cet orchestre s'est enrichi de la panoplie des instruments à vent symphoniques. « Les partitions que nous jouons, explique Peter Trofimenko, sont d'une écriture symphonique hautement sophistiquée. Notre éventail musical est large, allant du jazz et du pop au baroque, en passant par une œuvre d'Étienne Nicolas Méhul (compositeur français, de l'époque de la Révolution). » Déjà lauréat de plusieurs grands prix, son orchestre veut encore aller de l'avant, notamment en élargissant son répertoire et en encourageant des compositeurs à lui dédier des œuvres spéciales. Aux États-Unis, plusieurs autres groupes se sont plu à suivre cette même voie pavée de rythmes chatoyants venus des bords de la Volga.
L'histoire raconte qu'en 1648, le tsar de Russie, Alexis Michaïlovitch, avait décrété par un édit l'interdiction de jouer d'un instrument ou d'en posséder un. Et tous les musiciens, troubadours et bardes ont alors été persécutés et envoyés en exil, et leurs instruments brûlés. C'est alors qu'apparut la balalaïka que chacun pouvait fabriquer. Les premières traces écrites de son existence remontent à 1688, quand des gardes du Kremlin, alors forteresse de Moscou, avaient arrêté deux serfs ivres jouant de la balalaïka. À cause de la fureur que provoquait cet instrument, le tsar n'a eu d'autre choix que d'abroger l'édit et de faire revenir la musique dans les traditions russes. L'ancêtre de la balalaïka s'appelle la domra et date du XVIe siècle. Elle aurait été introduite en Russie par les Tartares. Elle se joue avec un plectre et se décline en plusieurs tailles. La plus courante, la prima, comporte quatre cordes accordées comme un violon. Elle est souvent associée aux orchestres de balalaïkas.

