Portrait de sa fille Nadia.
Presque un demi-siècle après sa mort (il est décédé en 1971), Georges Daoud Corm est parfaitement présent à l'esprit des générations montantes libanaises qui croient ferme que l'art et la création sont une expression vitale et salvatrice.
Ce livre, discret et élégant, témoignage à un père, jette la lumière sur une époque et un peintre doublé d'un poète... Un poète doté aussi d'une plume d'écrivain et de doigts de pianiste...
Photos, extraits de presse (arabe, français, anglais), articles critiques ou de présentation, reproduction des tableaux peints, couverture des livres édités et affiches des rétrospectives organisées, lettres et correspondance, interventions publiques, actions et prise de position dans les combats de l'époque, voilà tous les événements épinglés, sériés, sélectionnés, patiemment rangés dans un livre en papier glacé et couverture cartonnée, à la pagination originale et colorée.
Compilation fouillée et archives (exhumées « d'une vielle armoire style 1900 », dit Georges G. Corm) soigneusement épluchées et rangées qui ne laissent rien au hasard pour tracer ou retrouver, au plus près, le parcours et les préoccupations essentielles d'un homme dont l'amour et la passion pour les couleurs, les mots et la musique ont été infinis et dévorants.
En écho à cet amour et cette passion de vivre et de créer, voilà les propos de Georges Daoud Corm, d'une de ses lettres, justement reproduite presque en exergue dans les premières pages de ce volumineux ouvrage : « Le message que je laisserai, après mon passage sur cette terre, à mes enfants comme à ceux et celles qui regarderont mes œuvres sera, du moins, un message de beauté tel que moi je l'entends, tel qu'il a été entendu par les grands peintres de la Renaissance et tel que continue à l'entendre l'immense majorité des êtres restés humains et sains dans leur humanité. »
De Beyrouth à Paris en passant par Alexandrie, la vie de Georges Daoud Corm (1896-1971), totalement vouée aux arts et aux lettres, englobe un riche panorama de la vie intellectuelle (mais aussi sociale et politique) d'une époque aux turbulences multiples où blocus, famine, déportation, exécution se sont succédé. Sans que, en définitive, ces malheurs et ces adversités du destin et de l'histoire amputent le désir de rêver, de créer, de céder à la notion de la beauté.
Justement, dans ce cadre de « message de beauté », jetant délibérément aux orties les horreurs des guerres, des jours noirs et des luttes fratricides, s'inscrit ce livre aux documents minutieusement choisis. Documents excluant tous les écrits intimes et poèmes du peintre. De même que le présent ouvrage ne comprend pas de récit détaillé sur sa vie.
Un combat pour les arts et les lettres
Mais de toute évidence, ces archives sont un complément important pour la connaissance de la vie artistique et professionnelle de Georges Daoud Corm, « peintre talentueux, penseur éclairé et patriote dévoué », comme le souligne dans la préface le Père Karam Rizk.
Des archives qui retracent ses combats, parfois ses polémiques pour les arts et les lettres, à travers des écrits publiés dans la presse libanaise ou égyptienne, ou bien parfois restés sous forme d'ébauche inachevée ou non publiée.
Des lettres adressées à sa famille, à ses amis ou à ses détracteurs, Georges Daoud Corm a toujours le talent et le regard pour formuler des observations pertinentes, intéressantes... Même au niveau de ses dépenses personnelles scrupuleusement détaillées comme un comptable qui ne badine pas avec les chiffres.
Si George Daoud Corm vivait encore aujourd'hui, il aurait été heureux de savoir que ses combats n'ont pas été vains. C'est avec joie et fierté qu'il aurait appris qu'il y a un Musée national et un Conservatoire national de musique. Et que dire si on lui annonçait les succès et le prestige de l'Orchestre philharmonique national ?
Espoirs certes comblés, mais l'on déplore toujours que le pays du Cèdre ne soit pas encore doté d'un musée d'art moderne. Et l'on mesure les réticences que Georges Daoud Corm, farouche défenseur des valeurs classiques, avait quant aux franches et fantasques avancées de l'art moderne.
Mais une page de l'histoire est bien tournée et le monde, siècle de l'atome et de la démesure électronique, est aux croisements sans frontières des nouveautés et des innovations. Ce livre, précieux témoin d'une époque, d'un esthète et d'un peintre, n'en est pas moins aussi un précieux outil pour permettre de redécouvrir le sens de la beauté, la force du passé et surtout d'en tirer des leçons d'art et de vie.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef