Face à l’ampleur des destructions à Port-au-Prince, les autorités ont décidé d’évacuer et de reloger les rescapés dans des villages en dehors de la capitale. Paul Jeffrey/HO/Act Alliance/AFP
En face du palais présidentiel aujourd'hui en ruine, sur le Champ de mars, l'ambassade de France et des organisations internationales devaient ériger 600 tentes pour abriter 3 000 personnes dans la journée, a déclaré à l'AFP l'ambassadeur Didier Le Bret. Vingt mille tentes permettant de loger 100 000 personnes ont déjà été dressées à Port-au-Prince, selon une porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), Élisabeth Byrs. Quelque 20 000 autres sont attendues. Des porte-parole de l'ONU ont indiqué que le port de la capitale était « partiellement opérationnel », tout comme 30 % des stations-service. « La plupart des supermarchés ouvriront la semaine prochaine », selon un de ces porte-parole, Vincenzo Pugliese. Autre signe d'un retour progressif à la normale, les journalistes qui avaient envahi le tarmac et le terminal de l'aéroport de Port-au-Prince ont été priés de quitter les lieux afin que les « réglementations habituelles puissent être rétablies ». Selon M. Pugliese, la compagnie aérienne américaine Delta Airlines prévoit d'assurer deux vols commerciaux par semaine à partir du 26 ou du 27 janvier.
Une miraculée de 84 ans
L'ONU a annoncé que « les équipes de secours se concentrent de plus en plus sur l'aide humanitaire » aux 3 millions de sinistrés. « Les équipes légères, épuisées, commencent à rentrer chez elles », a expliqué à l'AFP Mme Byrs. « Les équipes munies d'équipements lourds continuent de désincarcérer des corps », a-t-elle ajouté.
Hier soir, nouveau miracle, on apprenait qu'une Haïtienne de 84 ans avait été extraite vivante des décombres de sa maison de Port-au-Prince par des amis. 75 000 personnes au moins ont péri dans le séisme. Selon leurs dernières données, les agences onusiennes estiment entre « 500 000 et 700 000 » le nombre de personnes déplacées dans la capitale. De leur côté, les autorités haïtiennes ont dénombré 508 campements à Port-au-Prince. Sur les 350 visités par l'ONU (où vivent 472 000 personnes), seuls six sites ont un accès à l'eau potable, a expliqué Mme Byrs.
L'acheminement de l'aide continue d'être extrêmement difficile. Sur les 10 kilomètres qui séparent Port-au-Prince de la ville de Carrefour, « 691 blocages, liés à des destructions, par exemple de ponts ou de routes, et à des bâtiments effondrés », ont été constatés. Au moins 224 routes sont coupées, a précisé Mme Byrs. Néanmoins, depuis le séisme, l'équivalent de 4,2 millions de repas ont été distribués à 250 000 personnes. Dans les endroits où les gens disposent d'outils de cuisine et de fourneaux, le PAM a commencé à distribuer du riz, des haricots, de l'huile et du sel. Il espère être rapidement à même de distribuer de l'aide à 100 000 personnes par jour.
Les États-Unis, de leur côté, acheminent des renforts, et les militaires américains devraient être près de 20 000 dimanche en Haïti et au large de l'île. Lundi, les « pays amis » d'Haïti, dont les États-Unis, la France et le Brésil, tiendront en outre à Montréal une réunion d'urgence pour coordonner leur aide et pour préparer une conférence sur la reconstruction du pays en mars. L'ONU va pour sa part lancer un programme « argent contre travail » qui doit permettre à des Haïtiens de percevoir cinq dollars par jour pour participer aux travaux de déblaiement, de nettoyage et de reconstruction.

