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Culture

Embarquer dans les mondes intérieurs de Christoff Debusschere

Exposition II est à la fois moderne et passéiste, contemporain et nostalgique.
Christoff Debusschere, qui expose à la galerie Alice Mogabgab* jusqu'au 19 février, porte un nom aux doubles consonnes qui soufflent comme ce vent du Nord coulant dans ses veines.
22/01/2010
Il peint les intérieurs comme des paysages, et son travail, bien délimité, est sobre et dépourvu de détail inutile: «J'aime que chaque toile se referme et qu'elle représente un tout », dit-il. Baignant son œuvre dans une pénombre particulière, dans ce clair-obscur cher aux Flamands, Christoff Debusschere, qui se dit un peintre de son temps, revendique pourtant cette dualité du présent et du passé qu'on retrouve dans ses toiles.
Fils du peintre Nicole Lacombe et élève, par la suite, du maître Philippe Lejeune, l'artiste est doué depuis son jeune âge (sa première peinture est une copie d'une crucifixion de Rubens). Ayant appris dans l'atelier de ce dernier les règles de la rigueur, ce qui rend ses peintures denses et riches, Debusschere a su cependant, par sa sensibilité, ses émotions et son regard, capter les instants les plus subtils et indicibles pour devenir un témoin authentique des temps modernes. Lové dans ces appartements douillets, ces bibliothèques de grandes écoles ou ces restaurants cossus, l'artiste propose une balade dans l'espace du sensoriel.
Ses univers divers reflètent sa curiosité et sa soif de vie. «Tout m'attire et fixe mon regard, dit-il, et je me sens tout fébrile lorsque je découvre un nouveau sujet à croquer.» Très vite, les dessins et l'huile sont les techniques qui l'interpellent et aiguisent sa sensibilité. Nommé «peintre officiel de l'air et de l'espace, en 1992, de la Marine à l'âge de 35 ans, le jeune artiste, qui a reçu de nombreux prix à Paris, Monaco ou Bruxelles, invite au voyage, au cœur de mondes mystérieux d'une infinie diversité: hangars d'aviation, usines désaffectées, garages ou cimetières de voitures, mais également étalages de poissons et de crustacés.
Si dans ce XXIe siècle on sent que la peinture cherche encore sa voie et se disperse, Debusschere semble l'avoir trouvée sans hésitation. Il a su marier le classicisme à la modernité, le structuré à l'imaginaire et le statique au dynamique. Dans cette exposition récente qui a nécessité deux ans de travail, il s'amuse à surfer sur les différents sujets, tout comme il l'avait fait précédemment, allant de l'intérieur de son domicile à un vase de fleurs, en passant par un paysage montagneux. Pour lui, l'objet peint n'est que «prétexte à habiller une surface plane». À aller au-delà de l'objet-sujet pour effleurer des émotions encore vierges et créer des atmosphères nouvelles. Tout comme ces débris, résidus et carcasses métalliques qu'il avait figés, entassés et accumulés sur la toile et qui ne sont que poumons, cœur et pouls de la vie moderne.

Témoin de son temps
Dans ses intérieurs exposés à la galerie Alice Mogabgab, le peintre réitère le jeu. Ces strates de noir, de gris et de marron traversées par des touches de lumière racontent la vie. Ses intérieurs, loin d'être des lieux décharnés et sans âme, ne sont que chair vivante où il inscrit ses repères. Son monde en perpétuel mouvement et ses instants, plongés dans le silence, traduisent des réflexions tourmentées sur l'existence. La palette de Debusschere se nourrit de ce réel frénétique, ponctué d'images du quotidien. L'artiste avoue même qu'on peut deviner ses humeurs tumultueuses malgré les plages tranquilles constantes qui relient ses différents travaux. Il ne renie pas son enracinement profond dans ce siècle, avec « cette âme appartenant au XIXe siècle», souligne-t-il en riant. Chacune de ses toiles a son parcours et raconte même des multiples histoires : de voyages, de visages et d'instants fragiles qu'il a réussi à séquestrer dans ses œuvres.
Christoff Debusschere n'appartient à aucun courant, mais est fier d'avoir été nourri de l'apprentissage de Lejeune. Libre mais rigoureux, sobre et exigeant, l'artiste n'est assujetti qu'à son seul amour de peindre, comme à cette perception du réel qui lui fait prendre tous les détours et tous les virages. Et surtout les raccourcis qui vont droit au langage du cœur.

* Galerie Alice Mogagab, rue Achrafieh, immeuble Karam. Tél. : 03/210424. Du lundi au samedi, de 10 à 19 heures.

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